jeudi 8 décembre 2022

Exploitez-moi ou je fais un malheur !

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La Chronique de l’oncle Sam

Par Mohamed Benfadil

 

   On prête au Maroc et au Mexique, depuis quelques décennies déjà, des rôles similaires dans le registre de la (libre?) circulation des hommes et des femmes. Ces observateurs estiment en effet qu’en matière d’immigration clandestine, ces deux pays charnières constituent les passages obligés vers deux espèces de terres promises. L’Amérique du Nord dans le cas du Mexique, l’Europe dans celui du Maroc. A la différence que pour les « latinos », candidats au rêve américain, l’épreuve du désert remplace celle de l’eau. Un défi que tout aspirant au « paradis » européen doit, au préalable, relever.  Dans les deux cas, les concurrents méprisent la mort, et dans les deux cas la mort est malheureusement souvent au rendez-vous. Ces désespérés ayant toujours pour devise « ça passe ou ça casse »! Mais ces convois qui serpentent les dunes du désert du Mexique, dans l’espoir de gagner l’Arizona, la Californie ou le Texas, comme ces embarcations de fortune bravant les vagues du Détroit de Gibraltar, tentant d’accoster près de Cadix, Algésiras ou Malaga, ont parfois, contre vents et marées, pu honorer leur contrat. Grossissant ainsi de leurs « décharges » humaines, en Europe et au États-Unis, les rangs des immigrés  en situation irrégulière. Il est vrai que la présence des ces métèques des temps modernes est plus tolérée chez l’oncle Sam que sur le « vieux continent ». Plus pour le nombre de dollars, je dirais «irréguliers», gagnés sur leur dos, vous l’aurez deviné, que pour leurs beaux yeux. 

   Or si la condition des anciens esclaves était la faute du maudit commerce triangulaire, ces nouveaux exploités ont même risqué leur vie et investi toutes leurs économies, pour  accéder à ce statut. Pendant ce temps, les passeurs mafieux, eux, continuent de faire leur beurre.
A malin, malin et demi, serait-on tenté de dire, du moins dans le cas des hispaniques. Et cette similitude géo-sociologique s’arrêtera là.

   Mais les douze millions d’immigrés en situation irrégulière, « les illégaux » selon l’expression chère aux xénophobes d’ici, n’ont pas tous traversé le Mexique. Beaucoup ont atterri sur les principaux aéroports ou simplement jeté l’ancre dans les nombreux ports, sur les deux longues côtes  de ce pays continent. Ils y sont donc entrés en toute légalité. Mais sont devenus eux aussi des « illégaux », après expiration de leurs précieux visas! Le résultat étant donc le même, ces nouveaux clandestins chercheront désespérément, pour subsister, à être à  leur tour exploités. En attendant des jours meilleurs, au détour d’une amnistie, d’une citoyenne à marier ou de la salvatrice loterie américaine, la prestigieuse mais néanmoins hypothétique « Powerball »!  

C’est dire que chez l’oncle Sam, le rêve est toujours permis. Mais en attendant qu’il devienne réalité, mieux vaut garder la tête sur les épaules. 

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