dimanche 23 juin 2024

Femmes, si vous osiez !

-

 

 

 

 

Catherine Maillard

 

  A l’occasion de la Journée Internationale de la Femme, rencontre avec Aude de Thuin, fondatrice du Women’s Forum. Elle invite les femmes à s’affranchir de modèles anciens pour oser prendre leur place et participer pleinement à l’évolution du monde.

 

  Dans son livre « Femmes si vous osiez, le monde se porterait mieux ! », Aude de Thuin, fondatrice du Women’s Forum, offre un tour d’horizon sur la situation des femmes dans le monde actuel. Ses rencontres avec des représentantes de tous les âges et de toutes les cultures ont assis sa conviction profonde que les femmes représentent des facteurs de changement importants pour construire un monde plus éthique, plus respectueux de l’autre, plus soucieux de l’environnement… Un monde meilleur !

 

  Pourtant, des obstacles conscients et inconscients les maintiennent encore dans l’ombre. Certains pourront toujours crier aux clichés, à la vue des améliorations que ne cessent d’enregistrer notre société occidentale, et de leur ascension… Une ascension, au demeurant, semée d’embuches dans des milieux ou le costume cravate domine. Une liberté sexuelle, finalement en demi-teinte, comme l’ont scandée de nombreuses femmes lors de « slut walks » (marches de salopes qui ont eu lieu en octobre dernier simultanément à Paris et dans plusieurs autres villes du monde), pour dénoncer le sexisme autour du viol. Ailleurs, en Afghanistan, en Inde ou en Afrique, les combats féministes n’ont rien perdu de leur actualité. Le printemps arabe n’a finalement pas eu lieu en Egypte, en Lybie, en Tunisie, pour les femmes. Au Congo, leur condition est si catastrophique, qu’émue par leur sort, l’écrivain dramaturge et féministe Eve Ensler, connue pour « Ses monologues du vagin » a fondé l’association V days. Entre colère, détermination et espoir, Aude de Thuin invite les femmes à s’affranchir des modèles anciens et à participer pleinement à l’évolution du monde.

 

  Parmi les nombreux « plafonds de verre » qui maintiennent les femmes dans l’ombre, vous évoquez un réel manque de confiance en elles. C’est-à-dire ?

 

  Aude de Thuin : Ce manque de confiance remonte à la nuit des temps, bien sûr… Dans un système patriarcal la relation des femmes aux hommes comme protecteur a toujours été le socle de leur existence, d’où l’insécurité permanente de dépendre d’un autre, physiquement et socialement plus puissant… afin de survivre. Le fait d’occuper des postes à responsabilité ne peut modifier en profondeur cette dimension intérieure. La question de leur légitimité à cette place, se pose immanquablement et avec elle l’obligation d’en faire plus qu’un homme… Beaucoup s’en défendent, et pourtant ! Leurs difficultés à se mettre en avant, à s’exposer, sont bien réelles. Moi-même, je les ai rencontrées. Aujourd’hui, encore les femmes ne sont pas dans un confort moral, qui leur donne une véritable confiance en leurs valeurs. Des pubs, des comportements au bureau et de trop nombreux signes de machisme ordinaire y contribuent encore!

 

  Vous parlez de nouveaux défis à relever. Quels sont-ils ?

 

  Aude de Thuin : Les femmes ne sont pas à l’aise avec l’ambition, comme si l’afficher les faisait irrémédiablement passer dans le camp « des mecs ». Les chiffres sont parlants : lorsqu’une femme présente un dossier, elle est environ à 20 à 30 % de ces capacités, de peur d’en faire trop. Quand il y a une promotion ouverte, 70 % d’hommes contre seulement 20 % de femmes, présentent leurs candidatures. Les banques prêtent moins aux femmes. Pourtant en matière de leadership, se baser sur de nouvelles valeurs plus féminines pourrait avoir de réelles conséquences sur le management d’une entreprise…

 

  Que voulez-vous dire par leadership au féminin ?

 

  Aude de Thuin : Certaines qualités sont de nature féminine, et nous aurions tout intérêt à en tenir compte. A commencer par l’empathie, par exemple, cet égard pour les autres, cette capacité à se mettre à la place de l’autre. Des qualités liées au temps, aussi. Nous sommes nombreux à souffrir de ce culte permanent de l’urgence. Moins réactives, elles sont davantage enclines à peser le pour et le contre. Les décisions pourraient être prises avec une vision à plus long terme. La gestion de l’entreprise pourrait se faire autour de davantage de confort. Avec la création de crèche, l’aménagement des horaires, la suppression des réunions à 18 h souvent contreproductives et chronophages… Une prise de risque financière moindre, également : elles sont plus prudentes.

 

  Vous soutenez que les femmes, enregistrent des résultats plus que probants pour contribuer à la croissance du PIB mondial ?

 

  Aude de Thuin : Selon les études « Women Matter » réalisées par MC Kinsey (2007), la corrélation entre excellence organisationnelle et présence de femmes dans les organes de direction est frappante. Dans les entreprises à forte mixité, la mise en œuvre de programme de diversité a eu un impact positif sur la motivation des employées pour 58 % des entreprises qui en ont fait l’expérience. Selon Ferray, professeur de gestion des ressources humaines au Ceram, un taux d’encadrement féminin supérieur à 35 % est le seuil au-delà duquel les entreprises voient leur chiffre d’affaires, leur rentabilité, leur productivité et la création d’emplois croître considérablement !

 

  Sur le terrain du couple et de la famille, vous paraissez optimiste. Pourquoi ?

 

  Aude de Thuin : Le féminin a déjà relevé un défi de taille : celui de conquérir le cœur des hommes, qui sont bel et bien en phase de changement, faisant la part belle à leur féminité. Ca se traduit par une prise de conscience pour assurer leur part du quotidien, et dans l’éducation des enfants, la capacité aussi à se remettre en question. C’est nouveau réellement, il suffit de regarder seulement 40 ans en arrière… Ne nous montrons pas trop impatientes. Bien sûr, il faut continuer à se mobiliser sur bien des fronts, toutefois nous pouvons profiter de ses ouvertures sans baisser totalement la garde pour éviter de retomber dans certains travers !

 

 

- Advertisment -