mardi 21 mai 2024

Disqualification des opposants, le stratagème de Maduro pour s’éterniser au pouvoir

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Dans son désir de s’accrocher éternellement au pouvoir au Venezuela, le régime de Nicolas Maduro use de toutes les manœuvres et autres ruses à sa disposition afin de neutraliser tout danger qui pourrait menacer le « chavisme » lors des élections présidentielles prévues l’année prochaine.

La dernière victime en date de ces stratagèmes a été l’éminente opposante Maria Corina Machado, qui a été interdite de présenter sa candidature aux prochaines élections présidentielles et empêchée d’exercer toute fonction publique pendant quinze ans.

Cette décision du régime « chaviste » a suscité un large mouvement d’indignation et de rejet au niveau international et de nombreuses organisations et capitales l’ont qualifiée d’arbitraire et dictatoriale, estimant qu’il s’agit d’une violation des droits du peuple vénézuélien et une atteinte à la démocratie dans ce pays sud-américain.

Dans une interview accordée à la MAP, Ali Daniels, directeur de l’Observatoire vénézuélien pour la justice « Accès à la justice », qui est également un juriste de renom et professeur à l’Université Andres Bello de Caracas, explique pourquoi cette décision est illégale et expose la position du Conseil national électoral et les défis que doit relever l’opposition pour affronter Nicolas Maduro aux élections de 2024.

Question : à la veille des élections présidentielles au Venezuela, de quoi le régime de Maduro a-t-il peur et comment utilise-t-il la « disqualification » pour neutraliser ses opposants les plus célèbres ?

Réponse : depuis de nombreuses années, le gouvernement accuse l’opposition d’avoir l’intention de perpétrer un coup d’État et même d’encourager une intervention étrangère et, curieusement cette fois-ci, aucun des candidats aux primaires de l’opposition n’a fait référence à ces aspects que je viens d’évoquer, c’est-à-dire que tous les candidats des différents partis de l’opposition ont exprimé leur souhait pour une transition civile, civique et démocratique et d’un processus électoral transparent. Il est donc frappant de constater qu’en dépit du fait que ces représentants de l’opposition plaident tous en faveur d’une solution institutionnelle, le régime chaviste a tout fait pour empêcher l’opposition de se présenter unie aux élections de l’année prochaine.

Cette réaction du régime est logique dans la mesure où tous les sondages montrent que l’écrasante majorité de la population vénézuélienne n’est pas favorable au gouvernement et que le chavisme représente tout au plus entre 25 et 30 % de la population.

Ce qui est en jeu pour le gouvernement est de tenter de diviser cette majorité pour se convertir en première minorité.

Le gouvernement mise sur une opposition divisée et l’un des nombreux outils dont il dispose, car il ne s’agit pas d’une seule ligne de conduite mais de plusieurs en même temps, est précisément la disqualification de l’opposition.

Il ne s’agit donc pas d’actions légales, ni d’actions qui s’inscrivent dans le cadre de la loi, mais plutôt d’actions de facto, où d’un jour à l’autre on dit qu’une personne ne peut pas se présenter aux élections. Ce sont des actions qui violent également l’article 65 de la Constitution vénézuélienne qui stipule que l’exercice des droits politiques ne peut pas être suspendu, sauf par une décision de justice. Le Venezuela se dirige actuellement vers une situation similaire à celle du Nicaragua, où les candidats de l’opposition ont été disqualifiés et jetés en prison. C’est une situation regrettable, car tous les Vénézuéliens nous voulons aller aux élections.

Dans le cas de Maria Corina Machado, qui a cessé d’être fonctionnaire il y a de nombreuses années, personne n’a eu connaissance de son inéligibilité pour 15 ans, qui daterait selon le gouvernement de 2015. Mais il faut ajouter que même si cela a été le cas, la loi stipule que toute sanction prononcée par le Contrôleur de l’Etat contre un fonctionnaire est frappée de prescription après 5 ans. Huit ans se sont alors écoulés et cette sanction, même si elle a réellement existé, n’est pas applicable parce qu’il y a prescription.

Question : Comment l’opposition vénézuélienne peut-elle dépasser ces obstacles, alors qu’elle est divisée ?

Réponse : En effet, l’opposition est mise à mal par toutes les erreurs qu’elle a commises au fil des années, et le régime chaviste en a profité pour créer sa propre opposition, suivant en cela le modèle nicaraguayen et plaçant à la tête des partis des personnes qui lui sont favorables. Il a créé une opposition « prêt-à-porter », taillée sur mesure.

En conséquence, l’opposition est devenue très divisée et ceux qui représentent réellement ce qui serait l’opposition légitime sont très dispersés. Tous les efforts d’unification déployés au cours des années précédentes ont été vains et ce sont précisément les primaires d’octobre qui devraient servir à galvaniser l’opposition.

Le régime s’efforcera d’empêcher la tenue des primaires bien qu’il n’ait aucun argument légal, constitutionnel ou juridique pour le faire, mais simplement par opportunisme politique.

Dans ce contexte, l’opposition a besoin des primaires pour se revigorer à nouveau et établir un mécanisme d’unité, car autrement, elle serait en danger. A partir du moment où elle ne pourra pas organiser des primaires, il n’y aura pas de consensus et l’opposition ira aux élections en rangs dispersés. Dans ce cas, l’objectif du gouvernement serait atteint et il réussira à être la première minorité et à gagner les élections.

Question : Dans ce contexte, quel est le rôle du Conseil national électoral ?

Réponse : La question du Conseil national électoral (CNE) est quelque peu curieuse, car 3 de ses 5 recteurs viennent de démissionner après un an en poste. Le gouvernement avait la majorité et le contrôle du CNE. Pour saboter les élections primaires de l’opposition, le régime a provoqué ces démissions massives de trois recteurs titulaires et de leurs suppléants au sein du CNE. Puis, il a forcé les deux autres recteurs, qui étaient dans une attitude plus indépendante, à démissionner.

Cette manœuvre ne consistait pas à contrôler une instance qui était déjà sous contrôle, mais à empêcher le CNE de collaborer avec la Commission nationale des primaires de l’opposition dans l’organisation de ce scrutin, et surtout pour empêcher que les écoles où se déroulent les élections soient utilisées par l’opposition. L’objectif est de rendre difficile que la majorité de la population puisse voter, parce que le nombre de centres de vote sera beaucoup plus réduit et donc de nombreux secteurs de la population n’auront pas accès aux primaires.

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