vendredi 1 mars 2024

« La Couleur pourpre » en comédie musicale ? Une drôle d’idée mais un bon film

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Faire chanter et danser les personnages de La Couleur pourpre, roman d’Alice Walker porté à l’écran par Steven Spielberg en 1985, peut sembler une drôle d’idée. C’est oublier un peu vite que la mode de transformer des longs métrages en comédies musicales peut donner de jolies surprises. Cette fresque signée Blitz Bazawule s’inspire d’un spectacle monté sur scène en 2005 puis repris en 2015, pour faire revivre Cellie, une jeune Noire du début du siècle dernier qui va s’affranchir d’un mari brutal pour s’affirmer.

« Alice Walker a donné le feu vert au projet ce qui était indispensable pour que nous nous sentions légitimes pour le lancer. C’est elle qui a demandé l’approbation de Steven Spielberg pour cette nouvelle version cinématographique », explique Scott Sanders, créateur du spectacle et producteur du film. Oprah Winfrey et Quincy Jones, également présents en 1985, sont venus grossir les rangs de la production. « La Couleur pourpre est ancré dans l’Histoire, la thématique abordée est universelle. C’est pour cela que nous pensons que le nouveau film a une portée universelle que les chansons accentuent », insiste le réalisateur Blitz Bazawule.

   Le souffle épique par la musique

Passer après Steven Spielberg, il fallait l’oser et Blitz Bazawule, fidèle collaborateur de Beyoncé, avoue avoir eu des sueurs froides rien qu’à l’idée. Pourtant, sa version ne démérite pas même s’il semble délirant de transformer en « musical » une intrigue dont l’héroïne se fait violer et tabasser avant de – enfin – connaître la rédemption et le bonheur Fantasia Barrino remplace Whoopi Goldberg dans cet opus et elle apporte une énergie nouvelle dans des numéros musicaux impressionnants. Celui où elle danse sur un disque 33 tours géant en duo avec Taraji P. Henson qui incarne une artiste de cabaret au charme ravageur, est merveilleux. « On a essayé d’apporter un souffle épique différent au récit par la musique, insiste Scott Sanders. Il n’était à aucun moment question de chercher à effacer le roman, ni le précédent film mais plutôt de donner une nouvelle vision de cette œuvre intemporelle. » Et ça marche ! L’émotion passe toujours autant peut-être aussi parce qu’à aucun moment Blitz Bazawule ne cherche à rivaliser avec l’ampleur de la mise en scène de Steven Spielberg.

   Moderniser sans trahir

La notion de sororité est plus que jamais mise en avant dans cette version musicale où Danielle Brooks (Orange Is The New Black), citée à l’Oscar pour sa prestation, est aussi épatante que ses partenaires en femme trop libre pour son époque. 

« Les choses ont évolué depuis les années 1980, insiste le réalisateur. On peut se permettre d’être plus direct dans certaines représentations comme les violences faites aux femmes et une histoire d’amour au féminin qui permet à l’héroïne de découvrir à la fois la liberté et le plaisir physique. » 

Il y a quelque chose de galvanisant dans cette nouvelle mouture de La Couleur pourpre qui fera sans doute découvrir cette belle histoire de femmes à un public plus jeune. « Nous avons voulu moderniser sans trahir », déclare Blitz Buzawale. Pari gagné.

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