dimanche 23 juin 2024

Rabat: projection du film tanzanien « Vuta N’Kuvute », un hymne à la lutte anticoloniale en Afrique

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 Le public de Rabat avait rendez-vous, lundi soir, avec la projection du film tanzanien « Vuta N’kuvute » (« Les Révoltés » en swahili) du réalisateur Amil Shivji, un hymne aux mouvements de libération en Afrique et un coup de gueule contre le colonialisme et le néocolonialisme. Projeté dans le cadre de la première édition de ROOTS RABAT « Les Journées du cinéma panafricain », en présence de son réalisateur, le film raconte, sur fond d’une révolte politique au crépuscule du protectorat britannique à Zanzibar vers les années 1950, l’idylle entre Denge, un jeune combattant pour l’indépendance de son pays, et Yasmin, une Indienne-Zanzibarie qui a fugué la nuit de ses noces du domicile de son époux, trois fois plus âgé d’elle. Après avoir fui ce mariage forcé, l’héroine retourne à Zanzibar où elle est chassée par sa famille scandalisée. Elle se réfugie dans une île où elle rencontre Dengi, un jeune révolutionnaire qui a dédié sa vie à la lutte contre la colonisation britannique. L’élu de son cœur emprisonné à cause de son militantisme, la jeune femme s’engage dans un combat acharné pour le libérer. Dans une déclaration à la MAP à cette occasion, le réalisateur a indiqué que son film est l’histoire d’une romance entre un jeune homme imprégné des idéaux communistes et une jeune femme victime d’un mariage arrangé. Le premier livre un combat pour libérer son pays alors que la deuxième se bat pour recouvrer sa propre liberté, a-t-il expliqué, estimant que les deux combats sont « indissociables ».

Amil Shivji a fait savoir que son long-métrage est adapté d’un roman éponyme célèbre dans son pays, de l’auteur swahili Adam Shafi, qu’il a eu l’occasion de lire alors qu’il était encore un lycéen rêvant de devenir un réalisateur de films. L’adaptation au grand écran de ce roman est « une manière pour moi de revisiter l’histoire et d’essayer de comprendre le présent à son prisme ». Concernant le rôle du cinéma dans la lutte contre le colonisateur, le cinéaste tanzanien a souligné que le 7ème art est un « redoutable instrument de communication, de résistance, de compréhension de l’histoire et d’analyse des politiques du monde contemporain », faisant observer que le cinéma africain tire son origine et ses thèmes des mouvements nationalistes africains des années 1960.

Dès cette époque, a rappelé M. Shivji, le septième art africain « a pris le contrepied du système dominant et s’est fait le porte-voix du combat contre le colonialisme et l’oppression politique ». « En tant qu’Africains, nous avons notre mot à dire et c’est à nous d’élever la voix pour nous faire entendre. C’est une forme de lutte contre le néo-colonialisme ! », a-t-il martelé. Outre le film « Vuta N’Kuvute », les Journées du cinéma panafricain ont connu la projection d’une série de longs-métrages et de courts-métrages africains ouverts au public. « Vuta N’Kuvute » a remporté en 2022 le Tanit d’or de la 33ᵉ édition des Journées cinématographiques de Carthage (Tunisie) dans la catégorie « longs-métrages ». Organisée du 12 au 16 mars à l’initiative de la Fondation Hiba avec le soutien du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, la première édition de ROOTS Rabat « Les Journées du cinéma panafricain » vise à promouvoir la création de synergies et la coopération Sud-sud en vue de pérenniser l’industrie cinématographique africaine.

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