mercredi 28 février 2024

Victime ou comédienne ?

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Damien BESSOT

 

  QUI A TORT ? QUI A RAISON ? Le procureur de la République a tout de suite annoncé la couleur : entrer dans l’intimité d’un couple est « délicat ». Sur le papier, le salaud c’est lui. Renvoyé devant le tribunal correctionnel au terme d’une longue instruction, l’homme de 44 ans est accusé d’avoir plusieurs fois violé sa jeune épouse en février et juin 2010. L’épouse, 25 ans, était arrivée du Maroc à Montbéliard en janvier 2010, après un mariage célébré dans leur pays d’origine deux ans plus tôt. D’un point de vue sexuel, tout se passait bien : l’amour quand ils se voyaient, « par le vagin ». Mais une fois en France, le mari aurait imposé à sa femme des relations d’un nouveau genre. « C’est un obsédé sexuel. Il regarde des sites pornographiques et veut faire l’amour avec moi tous les jours. Il me sodomise contre ma volonté, et quand il éjacule dans ma bouche, je vomis », a-t-elle déclaré pendant l’information judiciaire.

 

  Ce genre de scènes aurait atteint son apogée un soir de juin 2010. Entre minuit et 1 h, une voisine perçoit des cris et des pleurs. Elle ouvre alors sa porte et aperçoit une femme avec « les cheveux en pétard » desquels des mèches sont arrachées. La voisine recueille la victime.    La femme parle l’arabe et peu le français. Pressée de questions, elle balbutie que son mari l’a sodomisée, qu’elle ne voulait pas, qu’il est parti se laver à la salle de bains, qu’il est revenu et lui a imposé une fellation. Qu’elle s’est enfuie du domicile conjugal pour se jeter dans la rivière. La voisine appelle la tante de la présumée victime, la police, les pompiers. Ces derniers la transportent à l’hôpital. Pas la première fois qu’ils interviennent, pour, officiellement, des malaises. Car la jeune femme affirme s’être déjà évanouie suite à ces violences sexuelles, mais jamais elle n’en a dit mot. Cette fois, un examen gynécologique est pratiqué. Verdict du médecin présent cette nuit-là au CHBM : un anus douloureux et hémorragique. Le tribunal invite le mari à s’expliquer : « Ce ne sont que des mensonges. Elle était consentante. La première fois, c’est elle qui a pris mon sexe. Tout ce qu’elle cherchait, c’est à obtenir une carte de séjour et à se débarrasser de moi ». Le président Alain Troilo : « J’entends votre système de défense, mais on a du mal à vous croire ».

 

  Absente à l’audience, la victime est représentée par Valérie Chassard, qui observe que sa cliente, « arrachée à son environnement » et au regard enfantin sur le monde selon un expert, était « la victime idéale ». Le procureur Thérèse Brunisso s’en tient aux éléments objectifs. S’agissant du rapport ponctué de griffures à la cuisse et au cou, de cheveux arrachés, de cris, de pleurs et vu l’état de la victime accueillie par la voisine, « les faits n’étaient pas consentis ». Quant aux autres, il convient de les écarter. Ce qui vaut tout de même 4 ans dont 2 avec sursis dans ses réquisitions.

 

  Au tour de Myriam Kabourri. L’avocate de l’homme prend 3/4 d’heure pour tenter de sauver un mari « déjà condamné » avant le début de sa plaidoirie. « Le certificat médical prouve quoi ? Qu’il y a eu un rapport sexuel, c’est tout ». Et si l’épouse est passée de 75 à 50 kg en 6 mois, ce n’est pas, selon elle, parce que ces supplices lui coupaient l’appétit. « Elle voulait porter des jeans, avoir une taille de guêpe, s’acheter du parfum. Son comportement a commencé à changer à l’obtention de carte de séjour, le 28 mars 2010 ». L’avocate croit à la manipulation, insiste sur le fait que son client, un ancien militaire marocain, est un type carré, que sa première femme (elle a été entendue) « pouvait faire ce qu’elle voulait », qu’il ne lui a jamais rien imposé. Les griffures et les touffes de cheveux ? Des mutilations volontaires fréquentes chez les jeunes femmes d’Afrique de Nord, informe M e Kabourri, pour qui le tribunal devrait avoir « a minima un doute ». Il n’en a pas eu. Abdelali El Badi est reconnu coupable de l’ensemble des faits et condamné à 5 ans de prison dont 3 avec sursis, et à 10.000 euros de dommages et intérêts.

 

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