jeudi 20 juin 2024

Caisse de compensation: la reforme de la colère

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(photo.Abed Chaer, lareleve.ma)

 

 

 

 

  Suppression ou réforme de la caisse de compensation n’est pas un exercice de tout repos. Un vrai test pour juger de la capacité des islamistes face à l’emprise d’une «spéculation voilée et spoliatrice».

 

  Fini le discours de la résilience de l’économie nationale face au vent fort de la crise mondiale. L’inquiétude est d’ores et déjà réelle et l’on ne peut continuer d’ignorer la situation «explosive» pour reprendre les propres termes de Benkirane. La dernière hausse des prix des carburants, en mesure de générer des économies budgétaires de l’ordre de 4 à 5 milliards de dirhams, n’est que le premier jet d’une réforme en gestation. Les tenants et les aboutissants de cette dernière seront dévoilés à l’occasion des assises de la concurrence, prévues pour septembre prochain.

 

Un dossier sensible

 

  La sensibilité du dossier veut qu’un jeu d’équilibriste soit mené à merveille avec des arbitrages qui ne risquent pas d’altérer et le pouvoir d’achat des catégories défavorisées et la compétitivité du tissu productif national. Or, c’est sur le dos de ce dernier que seront économisés les 4 à 5 milliards de dirhams annoncés au titre de cette révision à la hausse.

 

   Pour ne citer que l’exemple d’un secteur clé qu’est celui des transports qui devrait payer les frais des pots cassés. Celui-là même qui a consommé près de 34% du gasoil subventionné, soit un bénéfice de plus de 7 milliards de dirhams en 2011, devrait subir les effets inflationnistes. L’industrie n’est pas en reste. Les activités utilisant le Fuel N°2 avaient elles aussi bénéficié de la manne étatique à hauteur de 2,5 milliards de dirhams. Réduire l’aide étatique n’est donc pas sans perturber la machine de production déjà en sous-emploi.  Les deux scénarii de réforme de la caisse de compensation basées sur la libéralisation avec ou sans mesures d’accompagnements, certes d’une valeur ajoutée très utile, passent cependant à côté de l’essentiel.

 

  Primo, elles ne tiennent pas compte d’un élément clé à savoir l’impact inflationniste et ses véritables menaces qui planent sur le pouvoir d’achat et la compétitivité du tissu entrepreneurial. Et c’est là justement où réside le vrai challenge mettant à découvert la fragilité de l’économie nationale. Ceci est d’autant plus vrai que le maintien des équilibres macroéconomiques reste une règle constitutionnalisée.

 

  Secundo, les deux expériences internationales (Indonésie et Brésil) en matière d’atténuation des impacts de libéralisation ayant fait l’objet de Benchmarks sont un mauvais exemple, chiffres à l’appui. Le produit intérieur brut (PIB) du premier pays est en effet estimé à plus de 9.000 milliards de dirhams en 2011 contre 840 milliards pour le Maroc. S’agissant du Brésil, c’est la 6e économie mondiale.

 

Un vrai test

 

  Par ailleurs, il faut le dire, le gouvernement Benkirane n’a pas le courage requis pour s’attaquer aux poches de rentes qui favorisent la stagnation et entravent toute réforme. Si la suppression de la caisse de compensation est envisageable, il faudrait en outre doter le conseil de la concurrence de compétences supplémentaires, lui permettant d’envisager des actions répressives à l’encontre des pratiques anticoncurrentielles comme le plaidoyer face aux rentes indues. Un vrai test pour juger de la capacité des islamistes face à l’emprise d’une «spéculation voilée et spoliatrice».

 

  Certes le système de compensation en vigueur n’est nullement soutenable à moyen et long termes mais l’ouverture à la concurrence n’est pas une mince affaire. La question d’introduire de la concurrence au niveau de l’industrie sucrière, jusque là un marché monopolistique accumulant plus de 80 années, mérite d’être posée. «Quelle efficacité d’une réforme basée uniquement sur des mesures d’ordre technique?», s’interroge enfin l’équipe de Benamour.

 

Mohamed Mounjid

 

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