mercredi 22 mai 2024

Comment le changement climatique accentue les canicules?

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Les gaz à effet de serre qui retiennent la chaleur sont à l’origine du problème, résume Martin Jucker, climatologue de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie.

Les gaz tels que le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote jouent un rôle crucial en empêchant une partie du rayonnement solaire d’être renvoyé dans l’espace.

Lorsque ce cycle est équilibré, il maintient la planète à une température vivable.

Mais une augmentation insoutenable des quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère signifie que davantage de chaleur y est piégée, ce qui crée non seulement un réchauffement global, mais aussi d’autres anomalies climatiques.

Par exemple, plus l’air se réchauffe, plus il peut contenir d’humidité ( +7 % d’humidité maximale par degré Celsius supplémentaire), ce qui produit des tempêtes plus fortes et plus fréquentes.

Pour les vagues de chaleur, le changement climatique augmente leur durée, leur intensité et aussi leur portée géographique, affirment les scientifiques.

Outre la responsabilité des activités humaines dans le réchauffement climatique, le problème est aggravé par le modèle de développement de nombreuses villes : trop de béton, d’asphalte et d’autres matériaux de construction absorbent la chaleur dans des zones urbaines manquant d’ombre et de fraîcheur faute de végétation abondante.

La climatisation et les autres technologies de refroidissement créent en plus une forte demande d’énergie, souvent satisfaite en brûlant des énergies fossiles, cause essentielle de la crise climatique.

Pour déterminer le rôle du changement climatique dans un phénomène météo particulier, la communauté scientifique mondiale a développé une méthode nouvelle, la science de l’attribution.

Elle consiste à simuler un monde avec et sans changement climatique, en utilisant des mesures météorologiques historiques et récentes ainsi que des modèles informatiques. En comparant les deux, on obtient une mesure de l’augmentation de la probabilité d’un événement extrême donné dans le cadre du changement climatique, explique M. Jucker à l’AFP.

L’organisation Carbon Brief a compilé les résultats d’études d’attribution pour plus de 500 événements.

Seule une poignée d’entre eux, comme les inondations en Italie en mai ou la sécheresse à Madagascar en 2021, n’ont pas de lien établi avec les émissions de l’activité humaine, ou bien les experts ont estimé les preuves non concluantes. Parfois faute de données fiables comme dans le cas de la sécheresse et de la crise alimentaire en 2022 dans le Sahel.

Mais toutes les vagues de chaleur dans le monde sont désormais plus fortes et plus susceptibles de se produire en raison du changement climatique causé par l’humain, conclut Friederike Otto, scientifique à l’Imperial College de Londres et pionnière de cette méthodologie.

L’exposition à des températures supérieures à la normale entraîne des problèmes de santé allant du coup de chaleur à la déshydratation en passant par le stress cardiovasculaire.

Les personnes souffrant de troubles cardiaques préexistants sont particulièrement vulnérables, car le corps réagit à la chaleur en pompant davantage de sang vers la peau pour aider à la refroidir.

Le risque est inégalement réparti, affectant d’abord les personnes âgées et les malades, mais aussi les travailleurs en extérieur ou les habitants de logements dépourvus de climatisation.

Les canicules les plus mortelles sont celles qui coïncident avec une forte humidité, car l’air humide rend plus difficile la transpiration nécessaire pour refroidir le corps.

De ce fait, une étude en mai a alerté sur le fait qu’un cinquième de la population mondiale serait exposé à des chaleurs extrêmes et potentiellement mortelles d’ici la fin du siècle, en particulier en Inde ou au Nigeria, si l’humanité reste sur sa trajectoire climatique actuelle.

Pour chaque 0,1 °C de réchauffement au-dessus des niveaux actuels, environ 140 millions de personnes supplémentaires seront exposées à une chaleur dangereuse, prévient l’étude publiée dans Nature Sustainability.

 

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