jeudi 18 avril 2024

Russie : trois ans de camp requis contre Pussy Riot

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Lareleve.ma-Agences

 

  Le procureur a requis mardi trois ans de camp contre trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot accusées d’avoir chanté une « prière punk » anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, et qui ont reçu le soutien de nombreuses stars internationales de la chanson.

 

  Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, sont coupables « de hooliganisme, motivées par la haine religieuse et l’hostilité aux croyants orthodoxes », a déclaré le procureur Alexandre Nikiforov, dans la salle du tribunal Khamovnitcheski de Moscou. En détention depuis cinq mois, les trois jeunes femmes, qui risquaient jusqu’à sept ans de camp, ont écouté avec sérénité le procureur qui les a par ailleurs accusées de « s’être livrées à une provocation soigneusement planifiée » et de « s’opposer au monde orthodoxe ».

 

  Le procureur a précisé qu’il demandait trois ans de camp pour chacune, ayant pris en considération que leur casier judiciaire était vierge et que deux d’entre elles, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, avaient des enfants en bas âge. Leur avocate a annoncé qu’elle allait saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour protester contre les mauvais traitements subis par les prévenues. « Nous avons été témoins des tortures et de la conduite inhumaine adoptée envers les prévenues : on les a privées de sommeil, on ne les a pas nourries normalement, on les a humiliées », a déclaré l’avocate Violetta Volkova au cours de l’audience dans la salle du tribunal Khamovnitcheski de Moscou.

 

Dénoncer le soutien de l’Église à l’État

 

  L’avocate a également dénoncé dans sa plaidoirie la façon dont le procès s’est déroulé jusqu’à présent, notamment le manque de temps accordé pour prendre connaissance du dossier, les débats menés de manière expéditive, des preuves fabriquées par le tribunal, des témoins de la défense empêchés de venir témoigner.

 

  La chanteuse américaine Madonna, qui doit donner un concert mardi soir à Moscou et un autre mercredi à Saint-Pétersbourg, a espéré que « le tribunal ferait preuve de clémence et que ces femmes seraient bientôt remises en liberté », selon des propos cités par les médias russes.

 

  En février, les jeunes femmes du groupe Pussy Riot – alors quasiment inconnu – étaient apparues encagoulées, avec guitares et sonorisation, dans la cathédrale du Christ-Sauveur et avaient entonné une « prière punk » anti-Poutine incluant des passages dénonçant le soutien de l’Église à l’État.

 

« Une honte pour la Russie »

 

  Jeudi, dans une première réaction à cette affaire, le président Vladimir Poutine avait estimé qu’il n’y avait « rien de bon » dans ce que les jeunes femmes avaient fait, mais il avait semblé plaider en faveur d’une certaine indulgence envers elles. « Je ne pense pas qu’elles doivent être jugées trop sévèrement pour ce qu’elles ont fait », avait-il déclaré en marge d’une visite aux Jeux olympiques de Londres.

 

  La militante pour les droits de l’homme Lioudmila Alexeeva, citée par l’agence Interfax, a estimé mardi que le réquisitoire du procureur était « une honte, qui sera une honte pour la Russie et toute l’Église orthodoxe si les prévenues ne sont pas libérées ».

 

  L’un des avocats de la défense, Violetta Volkova, a dénoncé mardi après-midi à l’audience la façon dont le procès s’est déroulé jusqu’à présent, notamment le manque de temps accordé pour prendre connaissance du dossier, les débats menés de manière expéditive, des preuves fabriquées par le tribunal, des témoins de la défense empêchés de venir témoigner… Un autre avocat de la défense, Mark Feïguine, a dénoncé « une commande politique venant d’en haut pour mettre en prison » les trois Pussy Riot, « des opposantes politiques qui ont critiqué à leur manière l’alliance entre l’Église et un État autoritaire ».

 

Soutien international

 

  L’action des Pussy Riot a suscité de très vives réactions au sein de l’Église orthodoxe, de nombreux prêtres et fidèles dénonçant la profanation de la cathédrale et une attaque en règle contre cette Église. Le patriarche Kirill avait apporté un soutien appuyé à Vladimir Poutine, élu président le 4 mars, malgré une vague de contestation sans précédent de son régime depuis son arrivée au pouvoir en 2000. L’Église orthodoxe connaît une renaissance depuis la disparition de l’URSS en 1991. Près de 70 % de la population russe se déclare orthodoxe, même si le nombre des pratiquants réguliers n’excède pas 5 à 7 %, selon divers sondages.

 

  De nombreuses personnalités russes et étrangères ont pris la défense des Pussy Riot, jugeant les poursuites à leur encontre et leur maintien en détention disproportionnés avec les faits reprochés. Douze musiciens britanniques de renom, parmi lesquels Pete Townshend et les Pet Shop Boys, ont publié la semaine dernière dans le Times une pétition en faveur des trois femmes. Auparavant, des stars comme le chanteur du groupe de rock américain Red Hot Chili Peppers, Anthony Kiedis, et le chanteur britannique Sting avaient déjà exprimé leur soutien, de même que la star américaine Danny DeVito

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