mardi 16 avril 2024

L’Oxyde nitreux ou « gaz hilarant », une drogue addictive faisant des ravages parmi les jeunes

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L’utilisation du protoxyde d’azote, aussi appelé « oxyde nitreux », à des fins de « divertissement et de recherche d’euphorie » connaît une expansion croissante au Maroc, ce gaz, également appelé « gaz hilarant », se répand notamment parmi les jeunes et les adolescents. Quelle est donc cette substance? Quels sont ses risques? Et comment peut-on en limiter sa propagation?

Le week-end dernier, les services de la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN) de la préfecture de police de Marrakech, en coordination avec les services de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), ont saisi 390 bouteilles contenant de « l’oxyde nitreux », utilisé « en anesthésie au lieu de ses applications originales », selon une source sécuritaire.

Qu’est-ce que l’oxyde nitreux?

Selon Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé l' »oxyde nitreux » est un gaz principalement utilisé  depuis le milieu du 19e siècle dans le domaine médical pour l’anesthésie lors des opérations chirurgicales et pour soulager la douleur.

Hamdi a expliqué à SNRTnews que ce gaz n’est plus utilisé de nos jours dans les opérations chirurgicales, mais son utilisation est toujours en vigueur chez certains dentistes et pédiatres. Et de souligner que l’oxyde nitreux est surnommé « gaz hilarant » car il provoque la détente et le rire dans des cas où il est utilisé d’une manière particulière par certaines personnes dans le but de rechercher l’euphorie.

Le gaz hilarant est utilisé par inhalation, soit à travers un dispositif spécial soit directement par la bouche, où le gaz atteint directement les poumons, et commence alors à agir sur le corps, faisant ressentir au patient une relaxation ou une euphorie.

Euphorie éphémère

La présidente de la Coalition nationale de lutte contre les drogue, Rachida El mokrie Elidrissi, a déclaré que l’utilisation du gaz « oxyde nitreux » à des fins autres que celles autorisées connaît une augmentation au Maroc au cours des deux dernières années, comme en témoignent les quantités de cette substance saisies par les autorités de sécurité.

El Idrissi a indiqué à SNRTnews que l’utilisation de ce gaz se répand davantage parmi les jeunes dans les grandes villes, en particulier Casablanca, Tanger et Marrakech, notant que la plupart des consommateurs ont déclaré avoir découvert cette substance lors de fêtes privées, comme les anniversaires.

Et d’ajouter que cette substance est consommée en inspirant le gaz à travers des ballons, les utilisateurs commencent à rire de manière continue juste après l’inhalation, soulignant que son effet est très rapide: moins de deux minutes.

En plus des fêtes privées, la présidente de la Coalition nationale de lutte contre la drogue a ajouté que ce gaz est également proposé dans certains « cafés à chicha », selon ce que rapportent certains patients des centres de désintoxication.

Elle de poursuivre que certains utilisateurs ont affirmé avoir découvert ce gaz via les réseaux sociaux, d’autres à l’école ou à l’université, et même dans les salles de sport.

Dans ce contexte, Tayeb Hamdi a confirmé que l’utilisation courante de ce gaz parmi les jeunes se fait en mettant une bouteille de celui-ci dans un ballon en plastique et en l’inspirant par la bouche, où le gaz bloque les signaux nerveux des nerfs périphériques vers le cerveau conscient, offrant à l’utilisateur une sensation d’euphorie et de déconnexion avec la réalité, suivie d’une série continue de rires.

Rire qui peut finir en tragédie

Selon Hamdi, les risques du gaz hilarant incluent la suffocation dû à un manque d’oxygène, la perte de conscience, et il peut causer des brûlures dans certains cas au niveau de la bouche et de la gorge en raison du froid du gaz émis.

Et d’ajouter que l’utilisation de ce gaz peut mettre l’utilisateur en danger immédiat en provoquant confusion et vertiges, ce qui peut entraîner une chute soudaine, et peut causer des accidents en cas de conduite d’un véhicule.

Notre interlocuteur souligne que la consommation répétée de cette substance peut entraîner des complications graves, telles que la dépendance, les dommages sur le système nerveux et à la moelle épinière, la perte de sensibilité, la perte de force dans les membres, les troubles de la marche, les troubles psychologiques, ainsi que des troubles cardiaques et de fertilité.

Le médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé a insisté sur le fait que les dangers du gaz « oxyde nitreux » sont amplifiés lorsqu’il est consommé avec d’autres substances narcotiques, telles que l’alcool et le cannabis.

Existe-t-il des solutions pour limiter le phénomène?

Pour sa part, Rachida El mokrie Elidrissi a souligné que le traitement des consommateurs de gaz hilarant se fait de la même manière que pour la dépendance aux autres drogues, leur comportement étant considéré comme addictif.

Les consommateurs sont divisés en ceux qui n’ont pas encore atteint le stade de la dépendance, qui ont besoin d’aide pour ne pas atteindre ce stade, auxquels s’ajoutent les toxicomanes qui demandent de l’aide et qui sont dirigés vers des centres médicaux spécialisés dans le traitement de la dépendance, tandis que la dernière catégorie comprend des personnes qui ne veulent pas ou ne peuvent pas arrêter le comportement addictif; ils sont alors dirigés vers des associations de réduction des risques.

Notre interlocutrice insiste sur le fait que l’accent est mis sur la protection des jeunes contre la dépendance, face à la multiplication et à la diversification des types de drogues; en leur fournissant des mécanismes de défense contre ces dangers, en développant leurs compétences psychologiques, personnelles et sociales.

Un problème mondial

Au niveau mondial, l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies a exprimé son inquiétude en 2023 quant à l’augmentation « préoccupante » de l’utilisation récréative de « l’oxyde nitreux ».

Le gouvernement britannique a interdit la possession d' »oxyde nitreux » à des fins récréatives, et les consommateurs encourent une amende et une peine de prison de deux ans en cas de récidive, tandis que la production et la vente de cette substance à des fins « illégales » sont punies de 14 ans de prison.

De son côté, les Pays-Bas ont interdit l’utilisation récréative de « l’oxyde nitreux » en 2023, alors que sa vente aux mineurs est interdite en France.

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