mardi 21 mai 2024

Les sanctions contre les gangs ont peu d’effets, selon des experts en Haïti

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L’impact des sanctions de l’ONU contre plusieurs chefs de gangs en Haïti est «extrêmement limité», et l’application de l’embargo sur les armes est «médiocre», selon un rapport des experts mandatés pour surveiller ces sanctions.

En octobre 2022, le Conseil de sécurité de l’ONU avait décidé la mise en place d’un régime de sanctions (interdiction de voyage, gel des avoirs, embargo ciblé sur les armes), ne visant alors qu’un seul chef de gang, Jimmy Chérizier, dit «Barbecue».

La liste compte désormais cinq chefs de gangs, parmi ceux considérés comme les plus puissants qui ravagent le pays. En octobre dernier, le Conseil a d’autre part imposé un embargo général sur les armes légères et munitions à destination d’Haïti.

Concernant les sanctions individuelles, les experts mandatés par le Conseil estiment que leur effet «reste extrêmement limité, car les chefs de gangs et les activités de leurs gangs ne sont pratiquement pas touchés par les mesures», selon le rapport publié jeudi qui couvre la période de novembre 2023 à février 2024.

Ces chefs de gangs «ont continué à constituer leurs arsenaux, à étendre leur contrôle sur le territoire et à étoffer leurs rangs, malgré les sanctions imposées à leur encontre», ajoutent-ils.

Quant à l’embargo général sur les armes, «le processus n’en est qu’à ses débuts» et «la concrétisation» de son application «reste médiocre, les ressources étant limitées pour le faire respecter en Haïti et dans la région».

Les «gangs et d’autres acteurs non étatiques continuent de se procurer des armes et des munitions de manière illicite», notamment aux États-unis et en République dominicaine, mettent-ils en garde, évoquant leurs entretiens avec des policiers haïtiens confirmant que «les gangs ne semblent en rien manquer de munitions».

«Les dispositions relatives à l’embargo sont en outre mal connues des acteurs censés les faire appliquer», notamment policiers et douaniers déplorent les experts.

Le pays est ravagé depuis des décennies par la pauvreté, les catastrophes naturelles, l’instabilité politique et la violence des gangs.

Fin février, les puissants chefs de gangs haïtiens, qui contrôlent aujourd’hui une grande partie de la capitale Port-au-Prince, se sont associés pour attaquer postes de police, prisons, aéroport, et port maritime afin de pousser à la sortie le Premier ministre Ariel Henry.

Ce dernier a annoncé le 11 mars qu’il démissionnerait pour laisser la place à un conseil de transition. Mais la formation de ce conseil n’a toujours pas été finalisée.

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