vendredi 23 février 2024

En Suède, des gommes à mâcher préhistoriques révèlent leurs mystères

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L’ADN présent sur des gommes mâchonnées par des adolescents à l’âge de pierre et retrouvés sur un site archéologique vieux de 9700 ans en Suède éclaire sur les maladies buccales de l’époque, selon une étude suédoise.

L’étude d’une équipe de paléontologues de l’université de Stockholm, publiée dans la revue Scientific reports, donne également des informations sur le régime alimentaire de ces populations préhistoriques de chasseurs cueilleurs.

«Les gommes sur lesquels on a fait les prélèvements ont vraisemblablement été mâchées par des adolescents, filles et garçons. Il y avait un âge spécifique où ils faisaient cela», explique Anders Götherström, co-auteur de l’étude au cours d’un entretien à l’AFP mardi.

Ces morceaux d’écorces de bouleau imprégnés de salive et portant des traces de dents ont été retrouvés il y a 30 ans aux côtés d’ossements sur le site de Huseby Klev, au nord de l’actuelle ville de Göteborg. Il s’agit de l’un des plus anciens sites archéologiques avec des ossements humains en Scandinavie.

«On pense que ces gommes à mâcher étaient utilisées comme de la colle, pour assembler des éléments. Il est aussi possible qu’ils les mâchaient par plaisir ou parce qu’ils leur prêtaient des vertus médicinales», ajoute le chercheur.

En 2019, une première étude des morceaux de mastic avait permis d’établir le profil génétique des individus. A présent ce sont les traces d’ADN non humain qui sont dévoilées.

«Ce que l’on a trouvé c’est un grand nombre de bactéries indiquant un cas sévère de parodontite, c’est une infection grave des gencives», soulève Anders Götherström.

«Dans un des cas, on sait qu’il s’agissait d’une jeune femme, elle a sans doute commencé à perdre ses dents après avoir utilisé cette gomme. Cette infection devait faire très mal», ajoute-t-il.

Les résultats de la recherche éclairent également sur le régime alimentaire de cette communauté scandinave. Un régime diversifié fait de noisettes, de cerfs et de truite. Des traces d’ADN de pomme, de canard et de renard ont aussi été détectées dans les analyses.

«Quand on analyse un os humain, on extrait de l’ADN humain. Mais ce qui est particulièrement intéressant avec ces chewing-gums c’est d’avoir la trace de ce qui a été ingéré avant, et les bactéries de celui qui les porte, il n’y a aucune autre façon d’obtenir ces résultats», s’enthousiasme Anders Götherström.

«On voit l’empreinte faite dans un chewing-gum par les dents d’adolescents il y a des milliers d’années. Pour nous archéologues il y a aussi une dimension philosophique, c’est la connexion entre l’homme, l’ADN et l’artefact», conclut-il.

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