mercredi 28 février 2024

H5N1 mutant: ce virus mortel que l’on pourrait vous cacher

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Par Chloé Durand-Parenti

  Un virus mutant de la grippe aviaire hautement dangereux a été créé en laboratoire. Craignant une potentielle menace bioterroriste, la communauté scientifique hésite à publier les résultats de ses travaux.

 

 

  C’est le débat du moment dans la communauté scientifique. Doit-on censurer la connaissance lorsque sa diffusion peut présenter un risque sévère ? Depuis jeudi, une vingtaine d’experts réunis au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) planchent à huis clos sur cette question. À l’origine de la polémique figurent les travaux de deux équipes scientifiques explorant la contagiosité potentielle du virus de la grippe H5N1 – l’une néerlandaise du centre médical universitaire Erasmus de Rotterdam, l’autre américaine de l’université du Wisconsin.

 

 

  Ces recherches, financées par les instituts nationaux américains de la santé (NIH) et motivées par la crainte d’une pandémie, ont abouti à la création en laboratoire d’un virus mutant de la grippe aviaire (H5N1), transmissible d’homme à homme (comme à de nombreux autres mammifères) par voie aérienne et… mortel à 60 % (contre environ 4 % pour la grippe espagnole qui a fait plusieurs dizaines de millions de morts entre 1918 et 1919). Un vrai fléau en éprouvette, pour l’heure enfermé dans un laboratoire hautement sécurisé.

 

 

Vent de panique

 

  Comme toute équipe scientifique qui se respecte, ces deux-là ont alors entrepris de faire publier les résultats de leurs travaux. Ce que les revues scientifiques Nature et Science étaient initialement toutes prêtes à faire. Mais, là, la machine s’est enrayée. Fin décembre, le Bureau national américain de la science pour la biosécurité (NSABB) a très officiellement fait savoir qu’il avait demandé à ce que les manuscrits des deux équipes ne soient pas publiés, tout au moins tels quels.

 

 

  L’idée générale était de faire disparaître les éléments relatifs à la mutation génétique du virus dans la mesure où ils pourraient constituer le mode d’emploi d’une arme redoutable s’ils tombaient entre de mauvaises mains. Des préoccupations auxquelles les revues scientifiques ne sont pas restées sourdes. Dans la foulée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a également fait part de ses inquiétudes, jugeant ces recherches nécessaires mais leur divulgation effectivement très sensible. Tant et si bien que, fin janvier, les scientifiques impliqués ont décidé d’interrompre leurs travaux pendant 60 jours « afin de donner du temps à l’opinion internationale pour s’exprimer ».

 

 

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