lundi 27 mai 2024

La pollution de l’air nuirait à la santé mentale, selon une étude américaine

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Respirer un air pollué pourrait altérer la santé mentale, et par extension accroître le risque de décès par maladie cardiovasculaire. C’est ce que révèle une nouvelle étude menée par des chercheurs américains, et portant sur pas moins de 300 millions de personnes vivant aux États-Unis.

Existe-t-il encore un endroit dans le monde où les populations respirent un air sain, dénué de pollution ? Pas sûr, à en croire l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), selon laquelle 99% des hommes, femmes et enfants dans le monde «respire[nt] un air dont les valeurs dépassent [ses] recommandations et qui contient des taux élevés de polluants». L’autorité sanitaire estime à 4,2 millions le nombre de décès prématurés en lien avec la pollution de l’air extérieur dans le monde en 2019, et à 6,7 millions celui des décès prématurés liés à la pollution de l’air intérieur et extérieur. La majorité de ces décès étant associés à des maladies cardiovasculaires.

Des chercheurs américains ont planché sur le sujet, menant une étude sur plus de 3 000 comtés aux États-Unis, soit 315 millions d’habitants. Publiés par l’European Society of Cardiology (ESC) à l’occasion de son congrès scientifique, l’ESC Preventive Cardiology 2024, ces travaux établissent un lien entre la pollution de l’air et le risque de stress et de dépression, lesquels augmenteraient de manière significative le risque de décès par maladie cardiovasculaire chez les personnes âgées de moins de 65 ans. «Notre étude indique que l’air que nous respirons affecte notre bien-être mental, qui à son tour a un impact sur la santé cardiaque», explique d’emblée le Dr Shady Abohashem, professeur au sein de la Harvard Medical School, à Boston, aux États-Unis.

Alors que la plupart des études scientifiques tentent d’évaluer l’impact de la pollution de l’air sur la santé physique, celle-ci s’est focalisée dans un premier temps sur une association potentielle entre pollution et santé mentale. Puis, dans un second temps, sur l’influence que cela pouvait avoir sur le risque de maladies cardiovasculaires. Pour ce faire, les chercheurs se sont concentrés sur les particules d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, les particules fines, qu’elles proviennent de gaz d’échappement des véhicules ou de la combustion des centrales électriques, considérées comme nocives pour la santé respiratoire et cardiovasculaire.

   Néfaste pour la santé mentale

Les scientifiques ont recueilli plusieurs données auprès des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) concernant 3.047 comtés américains : les niveaux annuels de particules fines, qui ont été classés selon les recommandations de l’OMS, ainsi que le nombre de jours moyen au cours desquels les habitants concernés ont souffert de troubles de la santé mentale. Résultat, les comtés les plus touchés par la pollution de l’air ambiant sont également ceux qui signalent le plus de jours durant lesquels la population souffre de troubles de la santé mentale (+10%).

Les chercheurs précisent par ailleurs que le lien entre une santé mentale en berne et la mortalité cardiovasculaire prématurée était plus élevée dans les comtés les plus pollués. Dans le détail, des niveaux plus élevés de troubles de la santé mentale étaient liés à trois fois plus de mortalité cardiovasculaire prématurée dans les comtés où l’air était le plus pollué. Un constat qui incite les scientifiques à réclamer la mise en place de stratégies concernant la pollution de l’air extérieur mais aussi la santé mentale des populations.

«Nos résultats révèlent une double menace liée à la pollution de l’air : non seulement elle détériore la santé mentale, mais elle amplifie également de manière significative le risque de décès d’origine cardiaque associé à une mauvaise santé mentale. Il est urgent de mettre en place des stratégies de santé publique portant à la fois sur la qualité de l’air et sur le bien-être mental afin de préserver la santé cardiovasculaire», conclut le Dr Shady Abohashem, principal auteur de ces travaux.

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