vendredi 12 avril 2024

« Deepfakes », produits dangereux: l’UE serre la vis contre les grandes plateformes

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Diffusion de « deepfakes », vente de faux médicaments, exploitation de données personnelles sensibles pour le ciblage publicitaire… Bruxelles a poursuivi jeudi un vaste tour de vis contre les grandes plateformes en ligne, visant notamment les chinois TikTok et AliExpress.

La Commission européenne a annoncé l’ouverture d’une « enquête formelle » contre le site de commerce en ligne AliExpress, filiale du géant chinois Alibaba. Il est soupçonné de ne pas avoir respecté ses obligations en matière de lutte contre la vente de produits dangereux – comme des faux médicaments.

Il s’agit de la troisième enquête ouverte dans le cadre du nouveau règlement sur les services numériques (DSA) entré en application depuis fin août pour mieux protéger les consommateurs contre les pratiques illégales des géants de l’internet.

Les deux premières enquêtes, ouvertes en décembre et en février, ciblaient respectivement X (anciennement Twitter) soupçonné de ne pas suffisamment lutter contre la désinformation, et TikTok, propriété du chinois ByteDance, pour des manquements présumés à ses obligations de protection des mineurs.

« Le DSA tourne à plein régime et nos équipes en charge de le faire respecter à travers l’Europe sont pleinement mobilisées », s’est félicité le commissaire européen au Numérique, Thierry Breton.

La Commission européenne a également réclamé jeudi des explications à huit grands services en ligne, dont TikTok, Facebook, Google, YouTube et X, sur la façon dont ils gèrent les risques liés à la diffusion de contenus manipulés (« deepfakes »).

A trois mois des élections européennes, Bruxelles s’inquiète notamment de l’impact sur la campagne électorale de ces sons, photos et vidéos truquées grâce à l’intelligence artificielle générative.

La Russie est en particulier régulièrement accusée de tentatives de manipulation de l’opinion dans les pays occidentaux via la promotion d’informations truquées sur les réseaux sociaux.

La Commission a par ailleurs réclamé jeudi des explications au réseau social professionnel LinkedIn, du groupe américain Microsoft. Il est soupçonné d’exploiter certaines données personnelles sensibles de ses utilisateurs (orientation sexuelle, opinions politiques…) à des fins de ciblage publicitaire.

Le DSA impose de nouvelles obligations aux plateformes en ligne dans leurs pratiques de profilage des utilisateurs, et de transparence dans les paramètres utilisés pour les publicités ciblées. Cette demande d’informations tout comme celle concernant les « deepfakes » ne sont pas une mise en cause à ce stade.

Elles constituent la première étape d’une procédure pouvant conduire à l’ouverture d’une enquête formelle, puis à de lourdes amendes en cas d’infractions avérées.

Le règlement sur les services numériques s’applique déjà depuis fin août aux plateformes en ligne les plus puissantes comme X, TikTok ainsi que les principaux services de Meta (Facebook, Instagram), Apple, Google, Microsoft ou Amazon.

Au total, 22 très grands acteurs de l’internet, dont trois sites pornographiques, ont été placés sous la surveillance directe de la Commission européenne, qui a recruté plus d’une centaine d’experts à Bruxelles pour assumer son nouveau rôle de gendarme du numérique.

Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre jusqu’à 6% de leur chiffre annuel mondial, voire à une interdiction d’opérer en Europe en cas de violations graves et répétées.

Dans le cadre des enquêtes formelles ouvertes contre X, TikTok et AliExpress, la Commission s’efforce désormais de recueillir des preuves, par exemple en envoyant des demandes d’informations supplémentaires, en menant des entretiens ou des inspections. Aucune limite de durée n’est fixée pour ce type d’enquêtes. « L’ouverture d’une procédure formelle d’infraction ne préjuge pas de son issue », souligne-t-on à la Commission.

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