lundi 22 avril 2024

Une Afrique du Sud de plus en plus xénophobe, à la veille des élections

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Alors que l’Afrique du Sud se prépare pour des élections générales très disputées, la montée alarmante des actes de provocation xénophobes suscite une profonde angoisse chez les ressortissants étrangers.

La Nation arc-en-ciel a longtemps été confrontée à des vagues de violences xénophobes, exacerbées par des inégalités économiques persistantes, un chômage élevé et des défis liés à la pauvreté, notamment dans les quartiers populaires et les townships.

La dernière flambée de violences meurtrières s’est déclenchée en 2019, lorsque des émeutes ont éclaté dans plusieurs quartiers de Johannesburg, entrainant des pertes humaines et des dégâts matériels importants, notamment chez les communautés issues de l’immigration.

Dans ce climat très tendu à l’approche des élections générales prévues le 29 mai prochain, les discours xénophobes utilisés par certains partis politiques fait craindre une autre vague d’attaques ciblant les immigrés africains qui ont fait le choix de s’installer dans ce pays considéré comme l’un des plus industrialisés du continent.

C’est le cas du discours xénophobe véhiculé récemment par l’Alliance patriotique (PA-opposition), appelant à interdire l’inscription des élèves Zimbabwéens dans les écoles du pays. Les membres de cette formation politique, menés par leur vice-président Kenny Kunene, se sont même rendus à une école de la capitale Pretoria pour manifester contre l’admission d’élèves étrangers, appelant à les remplacer par des Sud-africains.

La PA a, également, suscité la controverse en déployant ses membres pour patrouiller à Beitbridge, à la frontière avec le Zimbabwe, afin de cibler les personnes soupçonnées de franchir la frontière illégalement.

Dans ce même esprit xénophobe, le mouvement appelé «Opération Dudula», un groupe d’autodéfense devenu parti politique, mène depuis plusieurs mois une campagne visant à fermer les entreprises appartenant à des ressortissants étrangers et à interdire l’accès aux soins médicaux aux non Sud-africains.

Ce groupe, qui accuse les immigrés de voler les emplois des Sud-africains, fait de la lutte anti-immigrés le socle même de son identité. D’ailleurs, dans la langue zouloue, largement parlée en Afrique du Sud, le terme «Dudula» exprime l’action de chasser ou d’expulser.

Dans le quartier historique de Soweto, berceau des mouvements anti-apartheid, le ressortissant malawien Piri Musa raconte sa mésaventure avec les membres de ce groupe radical venus un soir dans sa confiserie pour lui demander ses papiers d’identité.

«Quand ils ont vu que je n’étais pas Sud-africain, ils m’ont donné un ultimatum pour fermer mon entreprise dans 30 jours, sinon, ils me jetteraient dehors de force », se rappelle-t-il âprement.

Musa a depuis quitté Soweto, où il avait travaillé dur pendant plus de cinq ans pour bâtir sa vie, celle de sa femme et de ses deux enfants.

De nombreuses autres personnes d’origine étrangère ont été confrontées à de tels incidents en Afrique du Sud, jadis considérée comme un symbole de liberté et d’opportunités dans le continent. Désormais, les tensions ne font que s’aggraver à mesure que le pays se dirige vers des élections générales décisives.

«Sans des mesures palpables, la prochaine vague d’attaques xénophobes pourrait être pire que ce que nous avons vu les années précédentes», a déclaré Hassan Logart, responsable du «People’s Media Consortium», un groupe de défense axé sur les droits des communautés locales.

Selon lui, la rhétorique xénophobe ne vient pas uniquement de personnalités de l’opposition ou de groupes d’autodéfense comme «Dudula», mais également de certains membres du Congrès national africain (ANC au pouvoir).

En effet, cette instrumentalisation de la xénophobie aura certainement de graves conséquences en créant un climat de peur et de méfiance au sein de la société sud-africaine, sapant ainsi les fondements de la démocratie et de la coexistence pacifique

Par ailleurs, le discours anti-immigrés véhiculé par certains partis politiques, détourne le débat politique des défis réels auxquels le pays est confronté et ouvre la voie à davantage de divisions au sein de la Nation arc-en-ciel.

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