vendredi 1 mars 2024

L’IA, solution miracle pour les personnes aveugles? Pas tellement

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Si pour plusieurs l’intelligence artificielle (IA) n’est qu’un gadget, pour d’autres, il s’agit d’une clé de plus vers l’autonomie. C’est le cas notamment des personnes avec une limitation visuelle, pour qui cette technologie a le potentiel de rehausser le quotidien, ou, au contraire, de l’alourdir.

Grâce à l’IA, les gens avec une cécité peuvent en toute autonomie prendre leur téléphone intelligent et balayer le tableau des valeurs nutritives d’un produit à l’épicerie afin d’en extraire l’information. Ils peuvent aussi, à l’aide d’applications d’IA, lire des adresses sur la rue et même détecter la poignée de porte d’un bâtiment dans lequel ils ne sont jamais entrés.

Ça a l’air facile, dit comme ça, mais quand tu ne vois pas, tu ne sais pas où elle se situe, ladite porte, souligne Jérôme Plante, non-voyant et ingénieur informatique.

D’après lui, le point culminant de l’IA sera atteint avec son intégration aux assistants vocaux (Alexa, Siri, Google Home, etc.), des outils en perte de vitesse, mais pourtant très prisés par les personnes aveugles ou malvoyantes.

  À l’aide d’une simple commande vocale, ces appareils pourraient trouver une recette en ligne et même y apporter des modifications selon certaines restrictions alimentaires, et ce, sans avoir eu à naviguer sur des sites web potentiellement inaccessibles.

   Une image vaut mille mots, mais pas un être humain

Se décrivant d’un naturel optimiste, l’ingénieur demeure lucide : Je ne vois pas le jour où l’on va pouvoir se passer d’un bon attribut alt créé par un humain.

Les attributs alt, appelés texte de remplacement ou texte alternatif, sont des descriptions écrites d’images visibles dans des articles en ligne, des sites web ou encore les réseaux sociaux. Elles sont rédigées généralement par des êtres humains et sont lues par des lecteurs d’écran, un outil utilisé par les personnes avec une limitation visuelle pour naviguer sur le web.

On pourrait penser que déléguer à l’IA la tâche de générer des phrases pour ces textes alternatifs est une bonne idée, mais il faut user de prudence, selon des spécialistes.

Emilie Viau, coordonnatrice des services en accessibilité numérique du Regroupement des aveugles et amblyopes du Montréal métropolitain (RAAMM), abonde en ce sens : cette technologie n’amène pas l’intention ni le contexte, souvent nécessaires pour comprendre le contenu d’une image et pourquoi elle a été placée à un endroit en particulier.

La coordonnatrice des services en accessibilité numérique cite notamment en exemple une image qui montre un mode d’emploi indiquant comment pousser un bouchon, par exemple : L’IA n’a pas le jugement nécessaire pour décrire le mouvement.  Elle va sans doute se tromper dans l’interprétation.

Même scénario pour les mèmes, ces images virales en ligne qui nécessitent beaucoup de contexte pour que l’essence de la parodie soit comprise.

Autre exemple : une image qui agit comme élément de décor sur une page web pourrait être décrite par une IA, ce qui est superflu pour les utilisateurs et utilisatrices de lecteurs d’écran, d’après Emilie Viau.

Les outils de reconnaissance d’image se sont néanmoins améliorés ces dernières années. Avant, Facebook pouvait détecter dans une image qu’elle contenait une personne, un plan d’eau et une forêt. Maintenant, le réseau social parvient à détecter qu’il s’agit d’une personne dans la forêt à côté d’un plan d’eau, reconnaît Jérôme Plante, précisant que le contexte demeure manquant.

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