mardi 21 mai 2024

Haïti : au moins 264 membres de gangs tués par des justiciers autoproclamés depuis avril

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Au moins 264 membres présumés de gangs tués depuis avril : des groupes d’autodéfense se font désormais justice eux-mêmes en Haïti, s’est alarmée l’ONU jeudi, alors que l’appel à envoyer une force internationale pour épauler la police haïtienne reste lettre morte.

Le pays pauvre des Caraïbes fait face à une véritable crise humanitaire, politique et sécuritaire, avec des gangs qui contrôlent une majorité du territoire de la capitale et terrorisent la population en multipliant assassinats, enlèvements et viols.

Et l’apparition de groupes de justiciers autoproclamés ajoute un nouveau niveau de complexité, s’est inquiétée jeudi la représentante de l’ONU pour Haïti, María Isabel Salvador, devant le Conseil de sécurité.

Depuis avril, le BINUH [Bureau intégré des Nations unies en Haïti] a comptabilisé au moins 264 supposés membres de gangs tués par des groupes de justiciers autoproclamés, a-t-elle précisé.

Lors d’un des premiers épisodes marquants en avril, un groupe de civils s’était emparé de plusieurs membres de gangs détenus par la police, avant de les battre à mort et de brûler leur corps dans la rue.

Risque élevé de guerre civile

Quelques semaines plus tard, le ministre haïtien de la Coopération extérieure, Ricard Pierre, avait mis en garde contre un risque élevé de guerre civile sans intervention étrangère.

L’insécurité perpétuelle n’empêche pas seulement l’accès à la santé, à l’éducation et à d’autres biens et services de base. Mais elle entraîne aussi une hausse d’une justice populaire, qui menace d’aggraver le déferlement alarmant de violence, a renchéri jeudi le premier ministre de la Jamaïque, Andrew Holness, s’exprimant par vidéo devant le Conseil de sécurité au nom de la communauté des pays des Caraïbes (CARICOM).

Alors que nous exprimons tous notre solidarité, cela est vide de sens sans action urgente pour aider nos frères et nos soeurs en Haïti à parvenir à une paix, stabilité et prospérité qu’ils méritent, a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait relayé en octobre l’appel du gouvernement haïtien pour une force d’intervention internationale.

Les États-Unis se disent en pourparlers

Les États-Unis sont très activement engagés dans la création d’une force de police internationale à Haïti, a assuré jeudi le secrétaire d’État américain Anthony Blinken à Georgetown, où se trouve le siège de la CARICOM.

Nous sommes en pourparlers très actifs avec des pays de la région et d’ailleurs. Nous discutons aussi activement avec les Nations unies […] Il s’agit en partie de s’assurer que les pays s’engagent à jouer un rôle important dans cette force, en particulier en identifiant un pays qui jouerait le rôle de chef de file. Là encore, nous sommes très activement engagés dans cette voie, a indiqué M. Blinken.

Nous sommes saisis d’une grande urgence en ce qui concerne ce pays. Nous avons travaillé d’arrache-pied sur plusieurs lignes d’action, a-t-il ajouté.

Le premier ministre haïtien Ariel Henry réclame depuis près d’un an une intervention internationale, mais aucun pays ne s’est encore déclaré prêt à prendre la tête d’une force d’intervention.

 
 
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