vendredi 21 juin 2024

Les militants du Hezbollah combattraient aux côtés du régime syrien

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Lareleve.ma

 

  Le Hezbollah et l’ASL, l’Armée syrienne libre, se livrent une guerre silencieuse qui risque de devenir ouverte. Le Hezbollah a perdu des hommes en Syrie. Il semble avoir pris la décision de prendre en main la protection des villages chiites dans la région syrienne dite du bassin de l’Oronte, ainsi que le contrôle de ses dépôts d’armements dans la banlieue de Damas.

 

 

  Des médias libanais ou de pays du Golfe font état, depuis quelques jours, de la participation active du Hezbollah aux combats en Syrie, aux côtés des forces armées syriennes. La chaîne de télévision Al-Moustqbal, appartenant à l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri, a rapporté, dimanche, que le Hezbollah «se pose en défenseur des villages du bassin de l’Oronte», en Syrie.

 

  Les habitants de cette région, qui est le prolongement géographique de la plaine du Hermel, à l’est du Liban, sont en majorité chiites. Al-Moustaqbal a ajouté que plusieurs membres du Hezbollah avaient été tués dans une embuscade tendue par l’ASL près de Qusair, dans la nuit de samedi à dimanche. Ce fief des rebelles syriens est situé à quelques kilomètres de la frontière est du Liban, dans la province syrienne de Homs.

 

  Dans le même contexte, la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazeera a rapporté que le Hezbollah a bombardé des positions de l’ASL à Qusair à l’aide de roquettes multitubes. Le quotidien saoudien Ach Charq Al-Awsat a écrit, dimanche, que l’ASL avait « repoussé un assaut lancé par un grand nombre de combattants du Hezbollah», dans la même région. Selon le journal, les membres du Hezbollah « tentaient de prendre le contrôle de la région de Joussé, avec l’aide des forces du régime ».

 

  Le correspondant du Times britannique au Liban a interrogé un chef rebelle syrien qui a indiqué que « 1 500 membres du Hezbollah combattent en Syrie», aux côtés des forces du président Bachar el-Assad. Certains faits troublants pourraient confirmer toutes ces informations. Lundi, plus de 2 000 partisans du Hezbollah ont participé, dans la plaine de la Bekaa aux funérailles d’un combattant du parti tué dans «l’exercice de son devoir jihadiste».

 

  Des sources de sécurité libanaises ont indiqué que Hussein Abdel Ghani al-Nimr, 35 ans, est mort à la frontière avec la Syrie et son corps a été rapatrié dimanche. Des journalistes présents à Baalbek ont vu des membres du Hezbollah défiler en procession d’une mosquée des alentours jusqu’à un cimetière non loin de là, suivant des camarades de combat de la victime, qui portaient sa dépouille. Cheikh Mohammed Yazbeck, membre du haut commandement du parti, a prononcé une allocution louant les « qualités » de Hussein al-Nimr.

 

  Une semaine plus tôt, un important chef militaire du Hezbollah avait été enterré dans la même région. Présenté par les rebelles syriens comme le «chef opérationnel du Hezbollah en Syrie», Ali Hussein Nassif, alias Abou Abbas, a été tué dimanche 30 septembre. Sa tâche consistait à coordonner les opérations avec les services de sécurité syriens et le Hezbollah, selon les insurgés syriens. Sa mort a été annoncée par un communiqué du Hezbollah qui parle, encore une fois « de devoir jihadiste ».

 

  Le chef de l’ASL, le colonel Riad al-Assaad, a déclaré qu’Abou Abbas avait été tué avec deux de ses gardes du corps dans l’explosion d’une bombe, alors qu’il se rendait à une réunion avec des officiers syriens. Le dissident a affirmé que depuis 2011, quelque 300 combattants du Hezbollah, ou liés à l’Iran, avaient été tués dans le secteur de Qusair.

 

Pas de fumée sans feu

 

  Le fait nouveau dans ces développements, c’est que le Hezbollah ne cache pas ses morts. Même s’il ne précise pas dans ses communiqués où et comment ils ont été tués, tout le monde devine qu’ils ont perdu la vie lors de combats en Syrie. Des sources de sécurité libanaises affirment à RFI que le Hezbollah est passé, ces dernières semaines, d’une posture défensive à une attitude offensive, après que les rebelles syriens eurent pris le contrôle de vastes zones des deux côtés de la frontière, au nord et à l’est du Liban.

 

  Les insurgés ont même tenté de prendre le contrôle du poste frontière de Joussé, qui relie le Hermel, principal fief du Hezbollah au Liban, à la région de Homs. Déjà, l’opposition armée contrôle depuis des mois la ville frontalière de Qusair et la campagne environnante. Au milieu de l’été, les rebelles ont poussé leur percée vers un groupe de villages chiites situés en Syrie et vers la grande localité chrétienne de Rablé, au sud de Qusair (12 000 habitants grecs-catholiques). L’avancée des insurgés menaçait de rompre les lignes de ravitaillement du Hezbollah, qui dispose, selon les experts, de nombreux dépôts d’armes et de munitions dans les régions de Aïn el-Saheb, à l’ouest de Damas, et de Sitt Zeinab, au sud de la capitale.

 

  Des sources libanaises bien informées rapportent qu’en accord avec les autorités syriennes, le Hezbollah a pris en charge la protection de ses arsenaux. Ses combattants ont joué, en juillet et août, un rôle important pour repousser l’offensive des rebelles contre Damas, dans la banlieue de Sitt Zeinab, où se trouve le mausolée de la sœur de l’imam Hussein et petite-fille du prophète Mahomet.

 

  Cette région compte une forte population chiite. Des sources proches du Hezbollah expliquent que le parti a décidé de repousser les rebelles syriens des villages, chiites situés de l’autre côté de la frontière pour sécuriser ses lignes de ravitaillement dans la province de Homs. L’objectif étant de « nettoyer » la ville de Homs, de reprendre Qusair et de prendre le contrôle de la frontière pour paralyser les réseaux de contrebande d’armes. Les mêmes sources indiquent que les combattants du Hezbollah ont pris part aux combats autour des localités de Joussé et de Rablé.

 

  Ces opérations militaires se déroulent dans une zone frontalière mal délimitée, où l’armée libanaise n’est pas très présente. Mais elle devrait renforcer son déploiement, en accord avec le Hezbollah.

Par Paul Khalifeh

 

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