vendredi 21 juin 2024

Assange, recrue sulfureuse d’une chaîne russe, interviewe le Hezbollah

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Lareleve.ma-AFP

 

  Le père de Wikileaks, Julian Assange et la chaîne télévisée étatique russe RT ont diffusé mardi une interview avec le chef du Hezbollah et promettent d’autres entretiens controversés, une alliance sulfureuse pour prendre le contre-pied des médias occidentaux.

 

  RT, chaîne diffusée en anglais, arabe et espagnol dans le monde, a annoncé à grand renfort de publicité sa collaboration avec M. Assange, un détracteur des Etats-Unis qui a publié sur Wikileaks des milliers de câbles diplomatiques américains au nom de la liberté d’information.

 

  La rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian prédisait même que la première des douze personnalités interviewées allait créer la controverse.

 

  « Nombreux seront ceux qui seront extrêmement mécontents », a-t-elle estimé, sur Twitter, avant le début à 11H30 GMT de l’émission qui avait été enregistrée en Angleterre où le charismatique Australien est assigné à résidence dans le cadre d’une affaire de viol présumé.

 

  Julian Assange a estimé lui aussi qu’il serait traité de « combattant ennemi, de traître, qui se couche dans le lit du Kremlin et mène des interviews avec de terribles (militants) radicaux », selon le site de RT.

 

  L’entretien avec M. Hassan Nasrallah, ennemi juré d’Israël et de Washington, aura finalement été l’occasion pour le chef du mouvement chiite libanais de réaffirmer son soutien au régime syrien, qui réprime depuis plus d’un an un mouvement de contestation, et d’accuser l’opposition de refuser le dialogue.

 

  Cette position n’est d’ailleurs pas très éloignée de celle de Moscou, qui a bloqué des résolutions à l’ONU condamnant Damas et dénonce le soutien occidental aux opposants.

 

  « Du point de vue du marketing, des relations publiques, c’est un joli coup » pour RT et Assange, relève Anna Katchakaeva, spécialiste des médias à la radio russe Svoboda, financée par le Congrès américain.

 

  « La chaîne a attiré l’attention sur elle et a forcé les médias internationaux à en parler », juge-t-elle.

 

  RT, fondée en 2005 sous le nom de Russia Today, est financée par l’Etat russe. Se posant en chaîne internationale d’information, elle ne s’est cependant pas imposée jusqu’à présent sur la scène médiatique.

 

  Pour Maria Lipman, du centre Carnegie à Moscou, l’émission de Julian Assange donne une visibilité à la chaîne et sert les intérêts russes.

 

  « Assange déteste les Etats-Unis, c’est son credo, comme le chef du Hezbollah. Et la position officielle russe vis-à-vis des Américains est double: d’un côté la relance des relations (…) de l’autre une propagande anti-américaine effrénée », relève-t-elle.

 

  Mais au delà du coup d’éclat, Mme Lipman doute que cette stratégie soit payante à long terme.

 

  « Si le but est de concurrencer la BBC, Al Jazeera, CNN, ça ne va pas dans le bon sens, le recours au scandale ne convient pas aux ambitions de réunir une large audience internationale », juge-t-elle.

 

  De son côté, M. Assange assure ne pas pouvoir travailler pour un média occidental, sa première cible étant les Etats-Unis.

 

  « Nous sommes dans une confrontation avec le département de la Justice des Etats-Unis (…) nous avions besoin d’un média partenaire qui ait la capacité de parler », a-t-il souligné.

 

   « Si Wikileaks avait publié un grand volume de choses sur la Russie, la situation aurait peut-être été différente. Mais pour l’instant notre grande confrontation est avec l’Occident », a-t-il martelé.

 

  Il a aussi accusé les médias américains d’être « incapable de critiquer les abus de la puissance militaire américaine » et la BBC de lui être « hostile ».

 

  En Russie, le fondateur de Wikileaks avait reçu en décembre 2010 le soutien du Premier ministre, Vladimir Poutine. « Pourquoi a-t-on mis Assange en prison ? C’est ça la démocratie ? », avait-il lancé à l’époque. Le président Dmitri Medvedev avait, lui, noté que « le cynisme des appréciations et des raisonnements » américains avaient été exposés.

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