samedi 22 juin 2024

Affaire Merah: la chaîne Al-Jazira ne diffusera pas la vidéo

-

 

 

 

Lareleve.ma-AFP et Reuters

 

  Après s’être donné un délai de réflexion, la chaîne qatarie Al-Jazira a annoncé mardi 27 mars qu’elle ne diffuserait pas la vidéo des tueries de Mohamed Merah, reçue la veille à son bureau parisien. Lors d’une interview sur la chaîne d’information BFM TV le chef du bureau de Paris, Zied Tarrouche, avait indiqué dans la matinée que la chaîne « va décider aujourd’hui du sort de cette vidéo », c’est-à-dire « de diffuser cela ou pas ».

 

  Dans un communiqué, un porte-parole de la chaîne a indiqué que « conformément à son code d’éthique et compte tenu du fait que les vidéos n’ajoutent aucune information qui n’est pas déjà du domaine public, Al-Jazira ne diffusera pas leurs contenus ». Cette vidéo, qui s’intitule « Al-Qaida attaque la France », ne montre pas le visage du tueur, ne contient aucune déclaration de sa part et Mohamed Merah, qui a été abattu jeudi dernier par la police, paraît agir seul.

 

  Peu de temps avant que la chaîne ne prenne cette décision, elle a été assignée par le parquet de Paris en référé d’heure à heure pour empêcher la diffusion de cette vidéo, au nom de la défense de l’ordre public et notamment de la protection des victimes des tueries, selon des sources judiciaires. Fixée à 15 heures, l’audience dans cette initiative rarissime d’assignation au civil par le parquet a été maintenue. Deux familles de victimes ont décidé de se joindre à cette procédure de référé, a précisé une source judiciaire.

 

LES AUTORITÉS ET LES FAMILLES « SOULAGÉES »

 

  Les autorités françaises, Nicolas Sarkozy en tête, avaient instamment demandé à ses responsables de ne les diffuser « sous aucun prétexte par respect pour les victimes et par respect pour la République ». Le président a salué une décision « raisonnable », assurant qu’il était prêt à « faire ce qu’il faut pour empêcher la diffusion du signal » si la vidéo devait être « détournée par des télévisions appartenant ou proches d’organisations propageant des idées terroristes ». François Hollande avait également adressé une mise en garde appuyée à Al-Jazira.

 

  « C’est bien, c’est la bonne décision, c’était la seule décision à prendre », a déclaré Latifa Ibn Ziaten, la mère du premier parachutiste tué par Mohamed Merah. « Là, tout de suite, je suis soulagée, car c’était l’honneur de mon fils (qui était en jeu). Je ne veux pas que mon fils soit sali », a-t-elle insisté. Elle avait plus tôt imploré la chaîne de ne pas diffuser ces images, comme l’avait fait également la famille de Jonathan Sandler, le professeur de religion assassiné avec ses deux fils Arieh, 5 ans, et Gabriel 4 ans.

 

« UN MIXAGE DE MUSIQUE ET DE CHANTS RELIGIEUX »

 

  Mohamed Merah a filmé ses crimes avec une petite caméra sanglée sur lui. « On voit toute les attaques perpétrées à Toulouse et à Montauban dans l’ordre chronologique, c’est-à-dire l’assassinat du premier soldat, après les trois soldats et enfin, l’attaque de l’école », indique Zied Tarrouche. Les vidéos sont montées : « Il y a un mixage de musiques et des chants religieux, des lectures, des récitals de versets coraniques. En montrant les coups de feu au moment des assassinats, on entend la voix de cette personne, les cris des victimes. »

 

  « On n’est pas une chaîne de sensationnel, on ne cherche pas à diffuser des images sans mesurer les risques et les conséquences, et c’est pour cela que la direction va décider aujourd’hui lors d’un meeting au siège, au Qatar, de la diffusion de cette vidéo ou pas », avait ajouté mardi matin le patron du bureau français d’Al-Jazira.

 

  Concernant le courrier qui accompagne ces vidéos, « c’est écrit en français avec des fautes d’orthographe, de conjugaison », a-t-il indiqué, ajoutant : « C’étaient quelques petits mots comportant la revendication de ces attentats par soi-disant Al-Qaida. » Les enquêteurs ont indiqué que Mohamed Merah n’est pas l’expéditeur de la vidéo.

 

Les enquêteurs à la recherche d’un troisième homme

 

  Les enquêteurs français tentent d’identifier un « troisième homme », qui aurait pu prendre part avec les frères Merah au vol du scooter utilisé par Mohamed Merah lors des tueries de Toulouse et Montauban, ont indiqué des sources proches de l’enquête.

 

  Une des sources a précisé que cet homme, qui n’a pas été identifié, était peut-être impliqué dans d’autres épisodes précédant les tueries, comme l’achat d’accessoires de moto pour Mohamed Merah, ou le fait d’avoir tenté d’obtenir des renseignements sur la manière de neutraliser le « traqueur » du scooter T-Max 530, un outil antivol permettant de le localiser.

 

  Les enquêteurs continuent de privilégier la thèse d’un acte isolé de Mohamed Merah avec éventuellement la complicité de son entourage proche, en particulier son frère Abdelkader, qui est pour l’heure le seul judiciairement mis en cause. S’il reconnaît avoir été présent lors du vol du scooter, il a nié en garde à vue avoir pris part aux crimes de son cadet et selon son avocate n’est « pas du tout fier » de Mohamed. Il a été placé à l’isolement à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne).

 

  De source proche de l’enquête, on indique qu’Abdelkader a également fait, pour le compte de son frère, des achats d' »accessoires de motocycliste ». Par ailleurs Abdelkader aurait dîné avec son cadet le 18 mars, la veille de l’attaque de l’école juive.

 

- Advertisment -