dimanche 26 mai 2024

Pourtant battue, Nikki Haley hante toujours la campagne de Trump

-

Donald Trump sera le candidat des républicains à la Maison-Blanche. Et pourtant, son ancienne rivale Nikki Haley continue de récolter un nombre notable de voix à certaines primaires, illustrant le refus d’électeurs modérés de se rallier à la candidature du milliardaire.

Qu’importe que la quinquagénaire ait jeté l’éponge il y a plus de deux mois et disparu des écrans de télévision. Elle figure encore sur les bulletins servant, État après État, à désigner le candidat qui sera intronisé en juillet à la convention du parti.

L’ancienne ambassadrice américaine à l’ONU a encore reçu plus de 20% des suffrages face à Donald Trump lors des primaires républicaines de l’Indiana mardi.

150 000 voix en Pennsylvanie, 110 000 dans l’Arizona… Depuis qu’elle a suspendu sa campagne début mars, la républicaine a siphonné des voix précieuses au tempétueux septuagénaire lors de chaque primaire — révélant au grand jour une des plus grandes vulnérabilités de Donald Trump.

Si l’ancien président est ultra-populaire auprès de sa base, une marée de casquettes rouges qui continuent d’affluer à ses meetings en dépit de ses inculpations, sa cote est bien plus fragile auprès des républicains modérés.

   «Mériter les voix»

Tenante de positions conservatrices pures et dures sur l’économie de marché, la criminalité et les moeurs, Nikki Haley a séduit de nombreux électeurs centristes ou indépendants en misant sur l’envie de renouveau politique.

En arrêtant sa course à la Maison-Blanche, elle n’a donné aucune consigne de vote à ses troupes. L’ex-candidate a simplement indiqué qu’il revenait à l’ancien magnat de l’immobilier de «mériter les voix» qu’elle a obtenues.

Donald Trump, qui raillait encore récemment la «cervelle de moineau» de Nikki Haley et se moquait de son mari, n’a pas encore vraiment expliqué comment il comptait séduire les partisans de son ex-rivale.

«Tout ses électeurs vont se rallier à moi», a-t-il assuré, confiant, lors d’une entrevue à une télévision locale de Pennsylvanie.

Le président démocrate Joe Biden, lui-même confronté à une fronde d’électeurs propalestiniens, a quant à lui déjà tendu la main à aux électeurs de l’ancienne candidate républicaine.

«Il y a une place pour les partisans de Nikki Haley dans ma campagne», a-t-il déclaré début mars.

Avant de faire diffuser, quelques semaines plus tard, un spot publicitaire avec un message des plus explicites: «Donald Trump ne veut pas de votre voix.»

   «Pas vu venir»

La stratégie de Joe Biden peut-elle porter ses fruits?

«On parle beaucoup du fait que la candidature de Joe Biden est menacée par son soutien à Israël, mais on ne parle pas assez du mépris que Trump suscite chez un grand nombre de républicains», estime Donald Nieman, analyste politique à l’université de Binghamton.

«Cette aversion – ou peut-être peut-on parler de dégoût – pour Trump et ses frasques, a fait beaucoup de mal aux républicains lors des élections de mi-mandat de 2022», ajoute-t-il. Pour l’expert, le désamour des républicains pour Donald Trump est «l’histoire que l’on aura pas vue venir».

Plusieurs électeurs de l’ancienne gouverneure de Caroline du Sud, sollicités par l’AFP, ont d’ores et déjà déclaré qu’ils ne soutiendraient pas la nouvelle candidature du républicain.

Cependant, si la candidature du républicain montre quelques failles, l’ancien président est en tête de la plupart des sondages face à Joe Biden dans les États les plus décisifs pour la présidentielle.

Nicholas Higgins, professeur de sciences politiques à l’université North Greenville en Caroline du Sud, appelle aussi à ne pas surinterpréter les résultats de la primaire de l’Indiana, à laquelle des électeurs, qui n’étaient pas encartés chez les républicains, pouvaient participer.

«On commencera à y voir plus clair au cours des deux prochaines semaines, lorsque le Maryland et le Kentucky organiseront leurs propres primaires, pour les électeurs républicains», analyse-t-il.

«Si Haley continue d’obtenir 15 à 20% des voix dans ces États», prévient l’expert, «alors Trump à un problème avec les électeurs républicains».

- Advertisment -