mercredi 24 avril 2024

Une start-up veut élucider les mystères de survivants de cancers réputés incurables

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Ils sont quelques milliers dans le monde à avoir survécu à un cancer réputé incurable: une start-up va analyser les caractéristiques de ces patients «exceptionnels» pour tenter de répliquer à grande échelle les mécanismes qui leur ont permis de déjouer tous les pronostics.

En anglais, on les appelle les «outliers»: «il s’agit de personnes qui vont prendre face à la maladie, pour des raisons inconnues, une trajectoire totalement différente de celle des autres», explique à l’AFP Nicolas Wolikow.

Ce spécialiste du monde de la santé est l’un des deux entrepreneurs à l’origine du lancement il y a trois ans de Cure 51, une jeune pousse cofondée par des centres d’oncologie mondialement reconnus comme Gustave-Roussy ou Léon-Bérard en France, l’institut d’oncologie de Milan, ou l’hôpital de la Charité à Berlin.

Ils s’apprêtent aujourd’hui à constituer «la première base de données mondiale de survivants du cancer».

Le champ de l’étude concernera des patients ayant survécu plus de 3 ou 5 ans aux trois cancers les plus foudroyants: le glioblastome, le cancer le plus agressif du cerveau, l’adénocarcinome du pancréas métastatique et le cancer du poumon à petites cellules.

«Ils ont en commun d’être des cancers très agressifs, qui n’ont pas bénéficié de véritables progrès thérapeutiques au cours des 15 dernières années», explique Nicolas Wolikow.

Pourtant, une poignée de personnes – quelques dizaines de milliers dans le monde- y survivent. Il s’agit de comprendre pourquoi.

   1 300 patients

«Jusqu’à présent, toutes les études s’appuyaient sur des patients nord-américains ou ouest-européens; notre périmètre va être bien plus vaste», assure Nicolas Wolikow. Pour récupérer les données de ces survivants, 50 centres se disent aujourd’hui prêts à collaborer dans le monde, selon lui.

La start-up basée à Paris a identifié au total 1 300 patients dont elle va pouvoir récupérer les dossiers. Un nombre jugé suffisant par les équipes scientifiques pour éviter plusieurs biais.

Une fois toutes les données collectées, «on va commencer l’analyse des comptes rendus médicaux, de l’imagerie, des cellules tumorales…», souligne le PDG de Cure 51.

Des questionnaires incluant des informations sur leur mode de vie, leur sommeil, leur alimentation ou le rôle de leur entourage seront également pris en compte.

«On espère au final découvrir une « signature moléculaire » qui expliquerait la survie exceptionnelle de ces patients», expose à l’AFP Olivia Le Saux, oncologue au centre Léon-Bérard, à Lyon, qui supervise le projet.

«Ce qui rend possible ces analyses, ce sont les progrès technologiques récents» de séquençage moléculaire, plus précis et moins chers, assure Jean-Yves Blay, le président d’Unicancer, réseau hospitalier français dédié à la lutte contre le cancer, qui s’est associé au projet.

L’intelligence artificielle sera aussi utilisée pour trouver des caractéristiques communes entre ces patients, en les comparant notamment avec celles de patients décédés.

«Pierre à l’édifice»

Cure 51, qui annonce mercredi la levée de 15 millions d’euros, espère à terme se financer via des contrats de collaboration avec des biotechs ou des laboratoires pharmaceutiques.

Son objectif ultime serait de permettre la création de médicaments qui mimeraient les caractéristiques moléculaires des patients survivants pour en faire bénéficier le plus grand nombre.

Après avoir entendu parler du projet, Hervé (qui ne souhaite pas donner son nom de famille), enseignant dans l’Isère, s’est porté volontaire pour être inclus dans l’étude.

«Il y a 8 ans, à 40 ans, j’ai découvert que j’étais atteint d’un glioblastome, le cancer le plus agressif du cerveau», raconte-t-il à l’AFP. «Dès le départ, je me suis dit: « c’est grave, mais t’es en guerre et tu vas gagner »; je m’étais interdit de mourir pour ma femme et mes enfants».

Il subit une opération consistant à enlever la tumeur, de la radiothérapie suivie par de la chimiothérapie. Au fil des mois, les IRM défilent et toutes disent la même chose: la tumeur n’est pas revenue.

«Je pense que mon médecin a été le premier surpris par ces résultats, à chaque rendez-vous je pouvais lire le soulagement sur son visage», confie le professeur des écoles.

Aujourd’hui, il souhaite se rendre utile: «j’ai bien conscience d’avoir une chance extraordinaire, je me suis dit que si je souhaitais apporter ma pierre à l’édifice, c’était le moment».

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