dimanche 25 février 2024

Le Colonel Assimi Goïta « ne veut plus d’Alger au Mali »

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Le Colonel Assimi Goïta s’est prononcé en faveur d’un dialogue interne pour mettre un terme à l’insécurité. Une annonce qui consacre la fin de l’accord d’Alger.

L’ambassadeur algérien, El Haoues Riache, est rentré à Bamako le 5 janvier. Il avait été rappelé par ses autorités pour des consultations, le 22 décembre dernier, sur fond de brouille liée à la conduite du processus de paix intermalien parrainé par l’Algérie. Un signe qu’Alger ne veut pas que le coup de froid diplomatique actuel ne dégénère en crise politique ouverte.

Après avoir poussé la France et l’Onu en dehors de ses frontières, Assimi Goïta, le président de la transition, vient de faire comprendre à l’Algérie qu’il ne supporterait plus ses ingérences dans les affaires intérieures maliennes.

L’Algérie est le dernier pays à avoir encore une influence sur le processus politico-sécuritaire au Mali, après le départ des soldats français et des Casques bleus.

Alger ne manque pas une occasion de rappeler à Bamako qu’elle entend jouer un rôle actif sur ce dossier. En 2020, le président Abdelmadjid Tebboune assurait même que la solution malienne serait à 90 % algérienne!

Le Colonel Assimi Goïta, président de la transition au Mali, a mis l’accent sur ce qu’on pourrait qualifier de « reprise en main » par les autorités de transition du processus pour la paix et la réconciliation nationale dans le pays, surtout dans le nord.

De son discours à la nation du 31 décembre 2023 d’une durée de 17 minutes, c’est le point qui a le plus marqué les téléspectateurs maliens.

« J’ai pris l’option de privilégier l’appropriation nationale du processus de paix en donnant toutes ses chances au dialogue direct inter – maliens pour la paix et la réconciliation nationale afin d’éliminer les racines des conflits communautaires et intercommunautaires », a-t-il déclaré.

La fin de l’accord d’Alger selon les observateurs

Pour Kaou Abdramane Diallo du PACP Mali (Parti pour l’action civique et patriotique), l’annonce du président de la transition consacre la fin de l’accord d’Alger signé en 2015 à Bamako.

« Je pense qu’avec cette annonce, l’accord d’Alger devient caduc », affirme-t-il au micro de la chaine allemande DW.

« Mais pour autant, on ne va pas cracher sur tous ses bienfaits et ses résultats positifs. On peut donc construire sur les acquis de l’accord d’Alger pour essayer de nourrir ce dialogue inter-malien qui va être lancé. L’accord n’a pas eu que du mal, il y’a beaucoup d’autres aspects de l’accord qui ont été mis en œuvre, il y avait d’autres parties, ou il y avait blocage. Avec cette annonce du dialogue inter-malien, on va fondre tout ça dans un débat national. »

Un choix salué mais un défi à relever

Hamidou Dumbia, secrétaire politique du parti Yelema, salue également l’annonce faite par le président de la transition sur l’appropriation du dialogue par les Maliens. Mais ce dernier estime toutefois que c’est un grand défi à relever.

« Il faut travailler à rassurer tous les acteurs, il faut faire montre de beaucoup de sincérité pour que ce dialogue puisse avoir lieu et que tous les acteurs puissent croire au processus. Du coup, je n’y vois pas d’inconvénients, le défi est important, mais il n’est pas au-dessus des capacités de l’ensemble des Maliens », estime-t-il.

Les différents groupes séparatistes notamment le CSP-PSD, le cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement, ont eux choisi de ne pas réagir pour le moment.

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