vendredi 1 mars 2024

Et si l’intelligence artificielle nous aidait à passer à la semaine de quatre jours?

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De nombreux observateurs nourrissent l’espoir que les intelligences artificielles génératives permettront d’importants gains de productivité. Deux études, nouvellement parues, viennent appuyer cette théorie et affirment même que ces technologies pourraient contribuer à la généralisation de la semaine de travail de quatre jours.

Ces articles ont été publiés par Autonomy, un think tank qui se consacre à la lutte contre le changement climatique, à l’avenir du travail et à la planification économique. Ils analysent les effets de l’utilisation de l’IA sur les mains d’oeuvre britannique et américaine. 

On y apprend que cette technologie pourrait permettre à 28% des travailleurs du Royaume-Uni de voir leur semaine de travail passer de 40 à 32 heures d’ici 2033. Ils pourraient donc aisément accomplir les tâches professionnelles qui leur incombent en quatre jours, au lieu de cinq. Et ce, tout en conservant le même salaire. 

À en croire Autonomy, 35 millions d’actifs américains pourront bénéficier du même phénomène. L’organisation estime que 28% de la masse salariale des États-Unis pourra passer à la semaine de quatre jours d’ici une dizaine d’années. 

Par ailleurs, 71% des travailleurs américains pourraient voir leur temps de travail réduit d’au moins 10% s’ils utilisaient les grands modèles de langage (LLM) [programmes capables de générer des réponses automatiques à des questions formulées par écrit] dans leur quotidien professionnel. Un pourcentage qui passe à 88% au Royaume-Uni. 

Ces gains de productivité s’expliquent par le fait que les outils d’IA générative automatiseront des tâches répétitives et chronophages, ce qui permettrait aux salariés de se consacrer à des missions à plus forte valeur ajoutée. Mais aussi à leur vie en dehors du bureau.

Créativité en berne

En effet, Autonomy croit que le déploiement des LLM en entreprise pourrait contribuer à «éviter le chômage de masse (et tous ses effets sociaux et politiques), réduire les maladies mentales répandues [dans le monde du travail] ainsi que les problèmes physiques associés au surmenage et créer beaucoup plus de temps libre pour la démocratie, la pratique des loisirs et la cohésion sociale en général».

Toutefois, les conclusions de ces études sont à prendre avec prudence. Les experts restent divisés quant à l’impact de l’intelligence artificielle sur le marché de l’emploi. 

Des équipes de recherche de la Harvard Business School, du MIT, de Wharton, de Warwick et du BCG Henderson Institute ont constaté, après avoir mené une expérimentation scientifique auprès de 750 salariés, que la nouvelle génération d’IA améliore uniquement leur performance dans des tâches dites «créatives» (rédaction de mails, synthèse de documents, recherche de noms pour un produit/un service, etc.). 

Cependant, ces outils ne les aident pas à résoudre des problèmes complexes. Pire encore, ils auraient tendance à réduire drastiquement leur créativité et à uniformiser leurs productions. 

«Étant donné que ChatGPT-4 fournit des réponses dont la teneur est très similaire, à plusieurs reprises, aux mêmes types de questions, les résultats fournis par les participants qui ont utilisé cette technologie étaient individuellement meilleurs, mais collectivement répétitifs», notent les chercheurs dans leur étude. 

Les entreprises vont donc devoir mener un véritable travail de réflexion pour tirer profit des avantages de l’intelligence artificielle, sans brider la capacité créative de leurs équipes. L’enjeu est de faire en sorte que la relation homme-machine relève de la collaboration et non de la dépendance.

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