mercredi 24 juillet 2024

En Chine, un rebond trompeur de la croissance au 2e trimestre

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La Chine a vu sa croissance accélérer au deuxième trimestre, selon des chiffres officiels publiés lundi qui masquent toutefois les difficultés de la deuxième économie mondiale, confrontée à une conjoncture délicate et un chômage des jeunes record.

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a bondi sur un an de 6,3%, selon le Bureau national des statistiques (BNS).

Ce rythme de croissance, qui ferait bien des envieux dans la plupart des grandes économies, est toutefois très inférieur aux attentes d’analystes interrogés par l’AFP (7,1%).

Et ce chiffre est trompeur car la comparaison se fait toujours avec la même période un an plus tôt: en 2022, la croissance avait été modeste au deuxième trimestre (+0,4%), plombée en grande partie par le confinement de la capitale économique Shanghai.

D’un trimestre à l’autre en revanche, base de comparaison plus réaliste, la croissance du géant asiatique se tasse à 0,8%, après une hausse de 2,2% sur la période janvier-mars.

La reprise post-Covid du début d’année, qui tarde toujours à se concrétiser dans certains secteurs, tend ces derniers mois à s’essouffler.

« Au deuxième trimestre, cette dynamique a perdu de sa vigueur en raison d’une baisse de la demande mondiale en biens (chinois) qui a pesé sur les exportations, la faiblesse du secteur immobilier et de manière générale une demande intérieure insuffisante », indique à l’AFP l’économiste Erin Xin, de la banque HSBC

L’économie chinoise fait face « à une conjoncture internationale complexe et difficile, et à des tâches ardues pour la réforme, le développement et assurer la stabilité » du pays, a admis devant la presse un porte-parole du BNS, Fu Linghui.

Le taux de chômage des jeunes Chinois âgés de 16 à 24 ans a ainsi atteint un nouveau record en juin, à 21,3%.

Le chiffre général est pour sa part stable d’un mois sur l’autre (5,2%) mais il ne tient compte que des chômeurs comptabilisés dans les grandes villes.

Les ventes au détail, principal indicateur de la consommation des ménages, ont quant à elles connu en juin un nouveau tassement.

L’indicateur est certes en hausse sur un an (+3,1%) mais ce rythme est bien moindre que celui de mai (12,7%).

« La consommation reste un moteur de la reprise », indique à l’AFP l’économiste Erin Xin, de la banque HSBC.

« Dans certains secteurs, notamment les services, la reprise a été particulièrement forte » malgré des dépenses plus « faibles » qu’avant la pandémie, nuance Mme Xin.

Rare embellie parmi les indicateurs publiés lundi: la production industrielle a progressé en juin (4,4%), contre 3,5% le mois précédent.

Les analystes tablaient sur un rythme plus modéré (2,5%) de cet indicateur qui donne un aperçu de l’activité dans le secteur industriel.

Le chiffre officiel de la croissance en Chine, éminemment politique et sujet à caution, n’en reste pas moins toujours scruté de près compte tenu du poids de la deuxième économie mondiale.

La Chine vise environ 5% de croissance cette année, un objectif qui pourrait toutefois être difficile à atteindre, a averti le Premier ministre chinois Li Qiang.

Il faut « se préparer psychologiquement à voir d’autres signes de grave détérioration de l’économie chinoise », mettent en garde les analystes de SinoInsider, un cabinet spécialisé sur la Chine basé aux Etats-Unis.

Et de souligner que le secteur immobilier, longtemps un moteur de l’économie chinoise, reste englué dans une crise, qui menace la survie des promoteurs.

Voilà pourquoi, il faut « faire preuve de scepticisme à l’égard des données officielles », selon SinoInsider.

Pour stimuler l’activité, la banque centrale a procédé ces dernières semaines à plusieurs réductions de taux, au moment où nombre d’économistes plaident davantage pour un plan de relance.

Les autorités privilégient pour l’heure des mesures ciblées et se refusent à lancer un tel plan qui creuserait l’endettement.

De nouvelles mesures au cas par cas sont à prévoir en termes de « fiscalité, pour le logement et la consommation », anticipe l’économiste Lisheng Wang, de la banque d’affaires américaine Goldman Sachs.

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