mardi 23 juillet 2024

Implosion du Titan : trois autres submersibles ont failli connaître une fin tragique

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De tout temps, de sa construction à son naufrage, le Titanic a piqué la curiosité. De nombreux scientifiques, chercheurs de trésors et riches touristes ont visité l’épave au fond de l’Atlantique depuis sa découverte en 1985.

La plus récente expédition vers l’épave du Titanic, celle du Titan d’OceanGate, a été un désastre. Ce qui semble être une implosion – les enquêtes en cours nous révéleront plus de détails – a tué les cinq personnes qui étaient à bord, mais au moins trois autres expéditions sont passées près de finir en catastrophe.

Des 10 sous-marins du monde qui pouvaient atteindre une profondeur de 4000 m ou plus, le Titan était le seul qui n’était pas certifié par une entreprise spécialisée.

Plusieurs experts de l’industrie et un ex-dirigeant d’OceanGate Expeditions – la compagnie à qui appartenait le Titan – avaient émis de sérieux doutes sur la sûreté du submersible. Malgré leur certification, des sous-marins MIR ont connu des difficultés lors de certaines de leurs expéditions.

Un tournage IMAX a rencontré des difficultés

En 1991, une expédition conjointe du Canada, des États-Unis et de la Russie prévoit non seulement réaliser des études biologiques et géologiques de l’épave, mais aussi de filmer le Titanic avec une caméra IMAX. Ces images, on les verra dans le documentaire Titanica réalisé en 1992.

Un médecin canadien spécialiste de la plongée sous-marine, le Dr Joe MacInnis, codirige l’expédition pendant laquelle deux sous-marins russes MIR font 17 plongées.

Lors de la dernière descente, quand le Dr MacInnis veut quitter la plateforme où il a posé son engin, qui se trouve à être la timonerie du Titanic, pour remonter après que son équipage eut fini de filmer, il se rend compte que son MIR est accroché à quelque chose.

Après un moment de panique, le deuxième submersible est appelé en renfort. Le pilote de l’autre MIR voit vite qu’un des patins d’atterrissage est enchevêtré sous des câbles, fort probablement des câbles téléphoniques qui menaient à la timonerie, et il indique au Dr MacInnis comment manoeuvrer pour s’en sortir.

Nous étions très chanceux d’avoir ce deuxième pilote, ce deuxième sous-marin, et la possibilité de procéder à une opération de secours, souligne le Dr MacInnis dans une entrevue à Times Radio, une station de radio numérique britannique.

Panne électrique dans le fond marin

Quelques années plus tard, en 1995, c’est au tour du réalisateur canadien James Cameron de connaître une menace sérieuse lors d’un tournage de l’épave en vue de son grand film Titanic (1997).

Lors de sa troisième descente avec son pilote, le Dr Anatoly Sagalevich, et un ingénieur russe, James Cameron entend soudain son pilote dire : Oh, non!

Ils affrontent alors une tempête de sable inattendue au fond de l’océan. En luttant contre les forts courants, ils épuisent leurs réserves électriques. À 24 mètres (80 pieds) du fond marin, ils arrêtent net la plongée, mais c’est comme s’ils frappent un mur : le sous-marin arrête de monter et redescend.

Dans une obscurité totale et à une température qui avoisine le point de congélation, ils attendent une demi-heure avant d’essayer de redémarrer avec des batteries reposées. Une fois de plus, ils sont arrêtés à 24 mètres.

Ce qu’ils ignorent à ce moment-là, c’est qu’ils sont pris dans un courant descendant causé par le courant au-dessus de l’épave. Heureusement, chaque fois qu’ils sont poussés vers le bas, ils s’éloignent un peu plus du Titanic. C’est ce qui les sauvera.

À leur troisième tentative, quand ils atteignent la limite fatidique de 24 mètres, ils continuent de monter. Ils réussissent à remonter à la surface après cinq heures sous l’eau.

Des courants dangereux

En l’an 2000, Michael Guillen, le correspondant scientifique pour ABC News, est le premier journaliste à visiter le Titanic.

Le pilote de sous-marin Viktor Nischeta l’embarque avec son partenaire de plongée pour un tour d’une heure vers l’épave, mais tandis que le sous-marin traverse le champ de débris entre l’avant et l’arrière du navire, il accélère.

Comme l’équipage de James Cameron l’a vécu quelques années plus tôt, ils sont pris dans l’un des courants des grands fonds.

Une fraction de seconde plus tard, le submersible heurte de plein fouet l’hélice du Titanic, raconte Guillen dans son livre Believing is Seeing (Croire, c’est voir). J’ai ressenti le choc de la collision. Des éclats de débris rougeâtres et rouillés se sont abattus sur notre submersible, obscurcissant ma vue à travers le hublot.

Le petit sous-marin est coincé dans le gigantesque logement de l’hélice. Pendant que le pilote Nischeta fait osciller le navire d’avant en arrière comme une voiture enlisée, Guillen se dit : C’est comme ça que ça va finir pour toi.

Après près d’une heure d’un silence tendu, la sensation change soudainement. Le grondement du moteur cesse et le sous-marin se sent à nouveau en apesanteur.

Un environnement hostile

En 2005, l’explorateur français des grands fonds Paul-Henri Nargeolet, l’un des cinq hommes morts dans l’expédition du Titan, a écrit une lettre ouverte à Bob Ballard, découvreur de l’épave du Titanic dans laquelle il décrit l’environnement autour du paquebot.

« D’après mon expérience de 11 ans de plongée sur le Titanic, je peux vous assurer que le fond de l’océan autour de cette épave n’est pas un endroit tranquille. Souvent, c’est plutôt comme un lave-vaisselle. »

— Une citation de  extrait d’une lettre de Paul-Henri Nargeolet

Entre les courants instables, l’absence totale de chaleur et de lumière du jour, et la carcasse rouillée du navire lui-même, dont la coque brisée et les câbles rompus s’étendent dans l’obscurité pour piéger les embarcations de passage, la plongée sur le Titanic est toujours une proposition dangereuse.

Les grands fonds marins sont l’un des rares endroits sur terre totalement inhospitaliers pour la vie humaine.

Traduction de l’article d’Ainsley Hawthorn publié dans le site de CBC

 
 
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