mardi 23 juillet 2024

Notre santé mentale se lit dans nos yeux

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Regarder quelqu’un dans les yeux, c’est un moyen que nous mettons en oeuvre pour tenter de lire dans son esprit. Pour tenter de démêler le vrai du faux. Aujourd’hui, des chercheurs nous apprennent que nos yeux cachent peut-être des informations encore plus secrètes. Qu’ils sont non seulement le reflet de nos émotions, mais aussi de notre santé mentale. Nos yeux pourraient ainsi nous ouvrir à de nouvelles façons de traiter les maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer.

Il y a bien longtemps déjà, l’homme d’État romain Cicéron l’avait compris. « Les yeux sont le miroir de l’âme. » Ils laissent paraître nos sentiments, nos émotions. Ils les trahissent, parfois. Armés d’outils dont ne disposait certainement pas le brillant orateur qu’était Cicéron, des chercheurs de l’université de Belfast (Irlande du Nord) nous en apprennent aujourd’hui un peu plus sur ce que cachent – ou ne cacheront bientôt plus – nos yeux. Selon eux, il serait possible d’y lire des informations relatives à notre santé mentale. Des informations sur l’état de forme de notre cerveau.

Les chercheurs ont en effet analysé les rétines de patients atteints de la maladie d’Alzheimer grâce à une technologie d’imagerie à champ ultra-large. Une technologie simple, rapide, bien tolérée et moins coûteuse que les scintigraphies cérébrales. Ils ont ainsi pu noter que l’occurrence de drusen est plus marquée chez ces patients que chez des personnes saines. L’imagerie rétinienne périphérique permettra-t-elle bientôt d’améliorer la prise en charge de la maladie d’Alzheimer ? Peut-être même d’autres maladies neurodégénératives ?

Des marqueurs sur la rétine

Rappelons que les drusen sont des petites « taches » jaunes qui correspondent à des dépôts de graisse, de protéines et de minéraux. Les drusen constituent un « symptôme » classique du vieillissement et sont généralement inoffensifs. Sauf lorsque leur nombre devient trop important.

Autre constat, les patients atteints de la maladie d’Alzheimer présentent des vaisseaux plus larges près du nerf optique, mais qui s’affinent plus rapidement que ceux des patients témoins vers la périphérie de la rétine. De quoi rendre plus difficile l’afflux de nutriments et d’oxygène. Des marqueurs que les chercheurs qualifient de faciles à identifier, même dans les tout premiers stades du développement de la maladie. Une découverte qui pourrait permettre d’identifier et d’accompagner judicieusement des groupes à haut risque.

Examiner le cerveau… en regardant au fond des yeux

On dit que les yeux sont le miroir de l’âme. Ils sont aussi celui du cerveau. À en croire les résultats d’une étude, on pourrait par un scanner rétinien connaître l’état de santé du cerveau. Comment ? Des problèmes au niveau des vaisseaux sanguins de l’œil peuvent être le signe de maladies vasculaires, et cet organe y est particulièrement sensible.

Le cerveau est un organe central. Sa bonne santé est donc fondamentale. Parfois, des AVC silencieux peuvent être la cause d’une baisse des capacités cognitives. Ces accidents vasculaires privent certains neurones d’un apport sanguin suffisant (à cause d’une artère bouchée ou percée : une ischémie). N’ayant plus accès à l’oxygène et aux nutriments, ces cellules nerveuses meurent et ne sont plus en mesure d’assurer leur fonction.

Problème : le cerveau n’est pas l’organe le plus simple d’accès, enfermé dans une boîte crânienne protectrice, donc difficile à observer. Comment estimer la bonne santé du cerveau ? D’après les travaux de chercheurs de l’université de Californie (San Francisco) et publiés dans Neurology, il existe un lien entre l’état des vaisseaux sanguins de la rétine et ceux du cerveau. Il suffirait donc de regarder les dommages vasculaires dans le fond des yeux pour estimer le risque d’accidents du même ordre dans l’encéphale.

Se regarder dans le fond des yeux

Leurs recherches se basent sur les résultats obtenus à partir de 511 femmes ménopausées, de 65 ans minimum (âge moyen : 69 ans) suivies depuis dix ans. Chaque année, elles ont effectué des tests de mémoire et d’expression verbale, aussi bien orale qu’écrite. Quatre ans après le début du suivi, la santé de la rétine a été évaluée. À la huitième année, un scanner permettait de constater l’état du cerveau.

Quels ont été les constats ? Sur le panel de femmes, 39 (soit 7,6 %) présentaient des rétinopathies, dans ce cas une rétine avec des vaisseaux enflés, présentant une fuite ou avec une croissance anormale. En moyenne, leurs scores aux tests de réflexion et de mémorisation étaient inférieurs de 10 à 15 % par rapport aux autres femmes. Le scanner a également révélé que le volume des zones ischémiques était supérieur de 47 % à l’échelle du cerveau chez ces mêmes sujets par rapport au reste de la population étudiée, et qu’il s’élève même à 68 % au niveau du lobe pariétal. En revanche, aucune atrophie cérébrale n’est constatée et lors de tests visuels, rien ne distingue les deux groupes de femmes.

Yeux et cerveau : dans quel ordre ?

Ainsi, ce travail vient confirmer de précédents travaux, qui montraient également que les rétinopathies pouvaient servir de marqueurs afin d’estimer les risques de maladies vasculaires cérébrales.

Attention cependant à ne pas faire trop de raccourcis : une rétinopathie ne doit pas être systématiquement associée à un déficit cognitif. Cette technique ici décrite permet seulement d’estimer un risque de présenter des troubles dans la circulation sanguine du cerveau, mais aucunement d’affirmer qu’ils se sont produits ou qu’ils se produiront.

 

 

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