samedi 1 octobre 2022

Sommet de la Ligue arabe, l’Algérie accumule les désaccords avec l’Égypte

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L’entêtement de l’Algérie à organiser un «mini-sommet» inter-palestinien avant le sommet arabe irrite, entre autres désaccords, l’Égypte, un État pivot de la Ligue arabe qui peut mettre, à lui seul, en échec le sommet d’Alger.

Selon le média londonien Al Araby Al Jadeed, dans un article publié mercredi 21 septembre, de nombreuses voix diplomatiques égyptiennes au sein de la Ligue arabe s’élèvent à nouveau pour sérier les multiples désaccords, relatifs à moult dossiers régionaux, qui enveniment toujours les relations entre l’Algérie et le Caire. Non soldés, ces dossiers de la discorde risquent de compromettre la tenue du sommet de la Ligue arabe prévu le 1er novembre prochain à Alger.

Les diplomates égyptiens rappellent surtout que le président algérien, Abdelamdjid Tebboune, avait déclaré, lors de sa dernière rencontre, le 31 juillet dernier, avec deux journalistes des médias étatiques algériens, que les factions palestiniennes allaient se réunir à Alger avant le sommet arabe. Lors de cette sortie, le président algérien a utilisé de nombreuses expressions qui fâchent. Il a ainsi laissé entendre que l’Algérie a la “crédibilité qu’il faut pour réaliser la réconciliation entre factions palestiniennes ennemies”.

Selon un haut diplomate au sein de la Ligue arabe, cette déclaration a été mal accueillie par Le Caire qui y voit une décrédibilisation de son rôle en Palestine, d’autant que Tebboune a continué sur sa lancée en alléguant que l’Algérie est «le seul pays qui n’a pas de calculs étroits et arrière-pensées» dans le dossier palestinien.

Ces graves insultes proférées contre la diplomatie égyptienne, tout en faisant également fi de la coordination arabe et de toutes les initiatives précédentes de la Ligue arabe, ne sont pas passées inaperçues. En ramant à contre-courant de la dynamique arabe collective et en tentant de faire cavalier seul sur le dossier palestinien, le régime algérien a compliqué la tâche du sommet arabe où il escompte pourtant la présence d’un maximum de chefs d’État arabes de poids.

Bien qu’il a déjà échoué à rapprocher les points de vue des factions palestiniennes, l’inamovible régime militaro-politique sénile a choisi la fuite en avant en guise de manœuvre pour alimenter sa propagande visant vainement à rallier une opinion locale qui lui est majoritairement réfractaire.

Pourtant, les Palestiniens eux-mêmes ne veulent pas se laisser berner par les balivernes du régime algérien et reconnaissent ouvertement qu’aucun pays ne peut remplacer l’Égypte, qui reste à leurs yeux le seul interlocuteur valable non seulement pour régler les différends entre les factions palestiniennes, mais aussi entre celles-ci et les autorités israéliennes.

Dans une interview accordée mardi dernier au site Al Araby Al Jadded, le Palestinien Mohamed El Hindi, haut responsable du Jihad islamique, a affirmé que l’Égypte détenait l’exclusivité de la gestion des tensions inter-palestiniennes et israélo-palestiniennes, en particulièrement à Gaza.

Ces prétentions algériennes à pouvoir enterrer la hache de guerre entre les factions palestiniennes ne sont pas le seul motif de la dégradation constante des relations algéro-égyptiennes.

La diplomatie algérienne a interféré ces derniers temps dans de nombreux dossiers régionaux touchant aux intérêts vitaux de l’Égypte. C’est le cas du soutien apporté ouvertement à l’Éthiopie dans son bras de fer avec le Caire concernant le barrage de la Renaissance et le partage des eaux du Nil. L’Algérie, qui s’est d’abord présentée en prétendu médiateur dans ce dossier, a fini par pencher du côté d’Addis-Abeba, au grand dam de l’Égypte.

Sur le dossier libyen, les deux pays sont également aux antipodes. L’épisode du récent retrait de la délégation égyptienne de la réunion du Conseil de la Ligue arabe pour protester contre la présidence de cette réunion par la ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tripoli, soutenu par Alger, en est une démonstration. Ce qui laisse entendre que si le chef du gouvernement d’union nationale libyen, Abdelhamid Dbeibeh, est invité au sommet arabe d’Alger, il se peut que la délégation égyptienne claque la porte du sommet, car ne reconnaissant aucune légitimité au gouvernement de Tripoli.

De même et alors qu’il a été obligé de sacrifier son allié syrien, une condition sine qua non imposée par plusieurs pays arabes pour la tenue du sommet arabe à Alger, le régime algérien n’en continue pas moins à s’accrocher à l’axe Alger-Damas-Téhéran en affichant son soutien à un retour rapide de la Syrie au sein de la Ligue arabe. Une passe d’armes verbale aurait même eu lieu sur ce dossier entre le ministre algérien des Affaires étrangères et certains de ses homologues arabes lors de la dernière réunion des MAE arabes tenue au Caire le 6 septembre courant.

Bien évidemment, le Sahara marocain est un autre point de divergence totale entre l’Algérie et l’Égypte, cette dernière prônant le strict respect de «l’intégrité territoriale des États arabes» et soutenant la marocanité du Sahara.

C’est surtout ce positionnement sans équivoque de la première puissance militaire africaine et troisième puissance économique du continent derrière le Nigéria et l’Afrique du sud, également puissant membre de la Ligue arabe dont elle abrite le siège et accapare le secrétariat général, qui fait que l’Égypte, l’une des plus vieilles civilisations du monde, a créé en Algérie un complexe du nanisme que cette dernière cherche à juguler par la folie des grandeurs.

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