lundi 22 juillet 2024

Les putschistes contrôlent la capitale de Guinée-Bissau

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Lareleve.ma-Reuters

 

  Des militaires contrôlaient vendredi les bâtiments publics et les principales artères de Bissau, quelques heures après avoir attaqué la résidence de l’ancien Premier ministre bissau-guinéen Carlos Gomes Junior, arrivé largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle le 18 mars, ont rapporté des habitants et des diplomates.

 

  Des soldats ont attaqué jeudi soir à l’arme lourde la résidence de Carlos Gomes Junior, candidat à la présidence du parti au pouvoir PAIGC et impopulaire dans certains secteurs de l’armée. On est depuis sans nouvelles de lui.

 

  Le deuxième tour du scrutin présidentiel est prévu le 29 avril.

 

  Vendredi matin, des soldats en armes gardaient les bureaux de la présidence et le siège de la radiotélévision nationale. D’autres ont pris position dans les principales rues de la capitale. La ville était calme. La plupart des chaînes de télévision et des stations de radio n’émettaient plus.

 

  « Il est de notoriété publique que l’armée n’aime pas Carlos Gomes Junior, qui était sur le point de remporter la présidentielle. Seule alternative pour les militaires: le tuer ou s’assurer qu’il ne puisse pas être élu », a dit à Reuters un diplomate en poste à Bissau.

 

  Gomes Junior avait provoqué le mécontentement d’une partie de l’armée en raison de sa politique de réforme et de réduction des effectifs pléthoriques de l’institution militaire.

 

  L’armée n’a publié aucun communiqué sur la situation.

 

  Des ministres et d’autres responsables comme le chef de la police judiciaire ont préféré se cacher. Plusieurs d’entre eux, comme le ministre de l’Intérieur Fernando Gomes, ont dit craindre pour leur vie.

 

  Le président par intérim, Raimundo Pereira, ancien président du Parlement et membre du PAIGC, aurait été arrêté par les militaires, selon une source politique.

 

  L’une des rares stations de radio à émettre, RDP Africa, a rapporté que la maison du président de la commission électorale nationale, Desejado Lima da Costa, avait été saccagée par des soldats. Selon le fils de Lima da Costa, Camilo, ni son père ni sa mère ne se trouvaient chez eux au moment de l’attaque. « Ils sont en sécurité », a-t-il dit.

 

TÊTE DE PONT DES CARTELS DE LA DROGUE

 

  Réunis jeudi soir à Abidjan pour discuter à l’origine du Mali, les ministres des Affaires étrangères de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ont condamné cette tentative de putsch à Bissau.

 

  « Comme dans le cas du Mali, la Cédéao condamne formellement et sévèrement une telle tentative de coup d’Etat. C’est inacceptable et cela ne sera pas accepté par la Cédéao », a dit le chef de la diplomatie ivoirienne, Daniel Kablan Duncan. « C’est inacceptable et la Cédéao ne l’acceptera pas. »

 

  Le ministre des Affaires étrangères de Guinée-Bissau, Mamadu Djalo Pires, qui était à Abidjan, a réclamé une « réaction énergique » de la part de la communauté internationale face à ce « coup d’Etat ».

 

  La Guinée-Bissau, devenue la tête de pont africaine des cartels de la drogue sud-américains pour faire transiter leur marchandise à destination de l’Europe, doit voter pour élire le successeur du président Malam Bacai Sanha, décédé dans un hôpital parisien en janvier des suites d’une longue maladie.

 

  Au second tour, Gomes Junior doit affronter l’ancien président Kumba Yala, mais ce dernier a appelé au boycott du scrutin en affirmant que le premier tour avait été entaché de fraudes.

 

 Quelques heures avant le début des événements à Bissau, Kumba Yala, qui affirme avoir des liens étroits avec les militaires appartenant majoritairement à l’ethnie Balanta, avait mis en garde contre les « conséquences » de la tenue du second tour de l’élection.

 

  Les hauts gradés de l’armée guinéenne sont considérés par les Etats-Unis comme des trafiquants de drogue et selon des diplomates l’armée est au courant de chaque avion chargé de cocaïne qui atterrit sur le territoire.

 

Avec Mamadu Cande à Bissau, David Lewis à Bamako et Joe Bavier à Abidjan; Pierre Sérisier et Guy Kerivel pour le service français

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