dimanche 21 juillet 2024

Citoyen et nouveau coronavirus: la grande mésentente

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Pourquoi les citoyens ne se soucient pas tellement de la gravité de l’épidémie du Coronavirus et ne respectent pas surtout dans les milieux populaires les mesures préventives prises par les pouvoirs publics en vue d’endiguer la propagation de la pandémie ?

 

Est-ce que également la durée de l’épidémie et les répercussions des mesures de confinement sur la situation économique ont-elles contribué à affecter le comportement des citoyens ?

Selon le chercheur en anthropologie urbaine, Ahmed Chtachni, l’ambiguïté qui avait entouré au départ le contenu du discours officiel pour mettre en exergue la gravité de l’épidémie et ses impacts sanitaires, et le fait de ne pas publier suffisamment les données portant sur la maladie ont influencé en partie sur la décision appropriée, et partant généré des avis contradictoires sur la gravité de la maladie et les mesures préventives nécessaires de nature à contenir et lutter contre l’épidémie.

Dans un entretien à la MAP, le chercheur a rappelé qu’au début de l’épidémie en mars dernier, les autorités publiques avaient pris des mesures préventives strictes qui ont conduit à la mise en place d’un confinement total, dont la fermeture des frontières, l’imposition de travail et des études à distance et le maintien à domicile, à un moment où le nombre des patients ne dépassait pas vingt cas, alors qu’après l’augmentation des infections de manière graduelle, les frontières, les écoles, les restaurants, les cafés et même les mosquées ont été ouverts.

Le chercheur estime également qu’il est difficile pour un simple citoyen de base de comprendre et d’assimiler ce genre de décision et se rendre compte de la gravité de l’épidémie surtout avec une certaine indulgence observée au plus fort de la crise sanitaire, concernant particulièrement l’interdiction de circulation et des déplacements entre les villes ayant connu une propagation de la pandémie.

Selon lui, une relation fragile s’est établie entre le discours officiel et la mise en œuvre des mesures sanitaires sur le terrain, d’une part, et la réalité vécue, d’autre part.

M. Chtatni a également fait état de facteurs matériels, économiques, psychologiques et religieux qui expliquent le comportement des citoyens face à l’épidémie et les efforts déployés par l’Etat pour contenir la maladie.

L’écart entre le discours politique et sanitaire, d’une part, et la réalité vécue, d’autre part, a conduit à l’émergence d’un élément matériel et social, avec lequel il est difficile d’instaurer le confinement qui constitue un élément de prévention de la société contre l’épidémie ou une autre menace.

Le chercheur a, en outre, souligné qu’il est carrément impossible d’imposer des mesures de quarantaine sanitaire et de distanciation physique à titre d’exemple dans des logements indécents qui ne peuvent accueillir les membres d’une même famille.

Sur le plan économique, le secteur informel qui abrite de larges franges de la société, tels les marchés de proximité et les vendeurs ambulants, a provoqué des déséquilibres structurels consacrés par cette indifférence aux efforts déployés par l’Etat dans ce cadre et ce en dépit des crédits conséquents alloués par celui-ci dans un premier temps dans la perspective de soutenir les couches lésées.

La commercialisation des produits sur les marchés populaires, poursuit-il, ne permet pas le respect des mesures préventives et de distanciation sociale surtout que la situation semble très difficile lorsque ces activités constituent une source de subsistance pour de larges segments de la société.

Quoi qu’il en soit, pour mieux comprendre le comportement des citoyens dans ce contexte marqué par la propagation du Covid-19, et parallèlement à la durée du confinement, le facteur psychologique indique qu’une société, dotée d’une structure sociétale étendue à l’instar d’autres sociétés méditerranéennes et qui adopte un mode de vie convivial marqué par une certaine facilité de la communication sociale et les rencontres entre amis et membres de la famille nombreuse, ne peut pas observer la distanciation sociale, rompre les liens familiaux et contourner les visites familiales, poursuit M. Chtachni.

La dimension religieuse revêt également une grande importance pour mieux comprendre le comportement de la société comme il est mis en évidence par l’intérêt qu’accordent les citoyens à la célébration de la fête d’Aïd Al-Adha, ce qui a abouti à cette indifférence croissante face à la menace posée par l’épidémie, coïncidant avec l’augmentation des déplacements entre les villes et l’extension du cercle des rencontres familiales.

Aussi, le manque de confiance des citoyens dans les partis politiques et les organes représentatifs locaux, qui ont une présence modeste sur le plan du discours politique dans ce contexte de pandémie, a contribué à la croissante de cette indifférence populaire.

En plus, la baisse du rôle éducatif que joue l’école et l’absence d’institutions assurant ce genre de missions ont contribué à l’émergence d’une génération inconsciente du danger de la situation qui ne peut comprendre facilement les messages officiels et les traiter de manière rationnelle, conclut M. Chtachni.

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