samedi 20 juillet 2024

« Tales of Kenzera », « Supacell »… La science-fiction intègre enfin les afro-descendants

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Un jeu vidéo afrofuturiste inspiré de la culture bantou, une série de super-héros noirs et londoniens, et même Star Wars qui donne les rôles pincipaux à deux personnages noirs et issus d’une culture inspirée de l’Afrique… Les exemples se multiplient depuis quelques mois : des personnages afro-descendants ou issus de cultures africaines tiennent le devant de récits de science-fiction.

Bien sûr, rien de nouveau – Black Panther est déjà passé par là –, mais le phénomène s’accentue. Ce vendredi, Netflix a mis en ligne Supacell, série anglaise qui se déroule de nos jours à Londres. Six personnes qui ne se connaissent pas se découvrent des pouvoirs de super-héros. Leur point commun ? Ils sont tous noirs. Et sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que leur origine africaine a un rôle important dans l’histoire.

   « Une perspective afro-britannique »

« Je voulais réunir six personnages noirs pour donner l’opportunité à six artistes noires de montrer leur créativité », a expliqué le showrunner de la série Andrew Onwubolu, plus connu sous son nom d’artiste, Rapman. Avec Supacell, Rapman affirme être « le premier noir à créer, écrire et diriger sa propre série Netflix. » Pour ce musicien et producteur, déjà réalisateur de clips et films ambitieux, et membre de l’Ordre de l’Empire britannique à seulement 35 ans, Supacell est l’occasion de donner « une perspective afro-britannique » sur les problèmes sociaux contemporains comme le suicide, les violences conjugales ou l’accès aux soins pour les classes populaires.

Dans Supacell, les super-héros sont des citoyens ordinaires qui se retrouvent subitement affublés de super pouvoirs « eux aussi très ordinaires, comme ceux qu’on peut voir dans les comics, explique Rapman à Deadline. Mais je me suis demandé ce que ces personnes feraient vraiment de ces pouvoirs. Sauver le monde ou améliorer le sort de sa famille ? Et est-ce que des personnes noires auraient une appréhension originale de leur rôle, compte tenu de leur position sociale. »

   Le continent inexploré de la Force

Si Rapman utilise un trope de science-fiction pour parler des afro-descendants, la série The Acolyte et le jeu vidéo Tales of Kenzera : Zau regarde du côté de l’afrofuturisme, courant artistique qui « place des éléments de science-fiction dans un contexte afrocentré », selon le critique Mark Dery.

Ainsi, la série Star Wars suit deux jeunes jumelles noires qui sont nées et ont grandi dans une communauté matriarcale de « sorcières », inspirée, selon la showrunneuse Leslye Headland, de « différentes communautés africaines de femmes, perçues comme des magiciennes ». Jodie Turner-Smith, qui joue la dirigeante de cette communauté, a été « enthousiasmée d’incarner une femme qui ne voit pas la Force comme un pouvoir mais comme un cadeau à chérir, et qu’elle appelle le Fil ». The Acolyte introduit en effet des personnages noirs qui rejettent l’opposition habituelle entre gentils Jedi et méchants Sith de la saga et proposent une nouvelle voix.

   L’afrofuturisme en jeu vidéo

Mais l’exemple le plus récent et enthousiasmant d’une science-fiction afrofuturiste est Tales of Kenzera : Zau. Ce jeu vidéo s’inspire de la mythologie du peuple bantou, pour créer un univers de science-fiction à l’esthétique africaine. Les personnages sont noirs et les éléments magiques sont tirés de contes et cérémonies d’Afrique subsaharienne. On suit Zau, jeune Chaman de Kenzera, à la poursuite de l’esprit de son défunt père. « Pour la coiffure de Zau, je me suis inspiré de la tribu Himba, j’ai aussi pioché dans les couleurs et motifs de la tribu Ndebela pour plusieurs personnages », nous explique Ackeem Durrant, directeur artistique du jeu.

« Pour les bâtiments et autres éléments de décor, le défi le plus excitant était d’imaginer à quoi ressemblerait un monde où l’architecture et la technologie africaine traditionnelle ont évolué avec la vapeur et l’électricité et sans l’influence occidentale », raconte Ackeem Durrant. Mais le défi afrofuturiste de Tales of Kenzera ne s’arrête pas aux costumes et décors. « Le jeu parle du deuil, de la quête de soi au travers d’épreuves et de découvertes en lien avec son histoire familiale, ses ancêtres… »

   Deuil et ambition personnelles

L’influence de la culture bantou – dont est issue la famille du créateur du jeu Abubakar Salim – sur Tales of Kenzera et son gameplay se mesure notamment dans la notion de « retour à la vie », qui est un concept phare du jeu. « Quand on a créé un jeu ambitieux, l’objectif est toujours de susciter de nouvelles émotions aux joueurs, de nouvelles sources d’émerveillement, de sensations, explique Ackeem Durrant. Les recherches et les voyages en Afrique, dans différents pays et chez différentes tribus, ont nourri notre travail. On a observé différents rituels par exemple et certains ont donné naissance à des scènes du jeu. Nous avions une histoire à raconter et nous avons utilisé des éléments de culture bantou pour le faire. »

Premier jeu du studio, Surgent Studios, créé par Abubakar Salim, Tales of Kenzera est un manifeste. Le jeune homme rend ainsi hommage à son propre père, ingénieur informatique kenyan, décédé. Acteur (il a joué dans Assassin’s Creed Origins et est à l’affiche de House of the Dragon), Abubakar Salim est aussi un amateur de jeu vidéo. Il utilise cette passion, qu’il partageait avec son père, pour se connecter à ses origines africaines… De son propre aveu, le monde de Kenzera sera de retour dans de prochains jeux ou films. La SF n’a pas fini de voyager en Afrique.

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