dimanche 10 décembre 2023

À Gaza, des milliers de Palestiniens fuient après l’appel d’Israël à évacuer

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Plusieurs milliers de Palestiniens ont fui vendredi à travers les rues dévastées de la ville de Gaza, espérant trouver refuge plus au sud après un appel aux civils lancé par Israël, qui se prépare à une offensive terrestre en représailles à l’attaque sanglante lancée par le Hamas.

«Ce n’est que le début» des opérations israéliennes à Gaza, a prévenu le premier ministre Benjamin Netanyahu au septième jour de la guerre, déclenchée le 7 octobre, et qui a déjà fait des milliers de morts. Le Hamas a en outre enlevé 150 otages .

Environ 1 900 Palestiniens, parmi lesquels de nombreux civils, dont 614 enfants, selon les autorités locales, sont morts dans la bande de Gaza, un petit territoire pauvre coincé entre Israël, la Méditerranée et l’Égypte, en état de siège.

Au moins 1 300 Israéliens, pour la plupart des civils, ont été tués depuis l’attaque, où elle est comparée aux attentats du 11 septembre 2001.

Le Hamas, classé organisation terroriste par les États-Unis, l’Union européenne et Israël, qui a pris le pouvoir en 2007 dans la bande de Gaza, a annoncé vendredi que 13 otages, «dont des étrangers», avaient été tués dans des frappes israéliennes.

Le groupe islamiste, qu’Israël a juré «d’anéantir», avait déjà annoncé la mort de quatre otages dans les bombardements. Cette situation rend encore plus compliquée toute offensive terrestre, une perspective terrifiante de combats au cœur d’une ville à l’extrême densité de population, au sous-sol parsemé de souterrains.

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, en visite vendredi à Israël, a affirmé que le Hamas utilisait la population comme un «bouclier».

Les appels se multiplient à travers le monde pour qu’une «catastrophe humanitaire» soit évitée, après l’appel lancé par Israël à évacuer la partie nord de la bande de Gaza, qui concerne environ 1,1 million d’habitants du nord du territoire, sur un total de 2,4 millions.

«Même les guerres ont des règles», a lancé vendredi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avant un Conseil de sécurité sur la situation en Israël et à Gaza, réclamant un accès humanitaire «immédiat» à la bande de Gaza.

Il a décrit un «système de santé au bord de l’effondrement», des «morgues qui débordent» et «une crise de l’eau».

Le président américain Joe Biden a assuré que «la crise humanitaire» à Gaza était «une priorité» pour lui, tandis que plusieurs ONG ont demandé l’ouverture de couloirs humanitaires pour venir en aide aux civils.

La tension est vive aussi à la frontière nord d’Israël avec le Liban, où les échanges de tirs sont fréquents entre l’armée et le Hezbollah pro-iranien, allié du Hamas.

Un journaliste vidéo de l’agence Reuters a été tué et six autres journalistes de l’AFP, de Reuters et d’Al-Jazeera ont été blessés vendredi en couvrant la situation dans le sud du Liban, ont annoncé les trois médias.

En Cisjordanie, autre territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, au moins 16 Palestiniens ont été tués dans des affrontements avec les forces israéliennes pendant des rassemblements en solidarité avec la bande de Gaza, selon le ministère palestinien de la Santé.

Des milliers de personnes ont aussi manifesté vendredi à Beyrouth, en Irak, en Iran, en Jordanie et à Bahreïn en soutien aux Palestiniens.

Fuir, par tous les moyens 

Vendredi matin, des centaines de roquettes ont de nouveau été tirées de Gaza vers le territoire israélien, selon une journaliste de l’AFP.

L’armée israélienne a appelé tous les civils de la ville de Gaza à «évacuer leur domicile vers le sud, pour leur propre sécurité».

Par milliers, portant leurs baluchons, ils ont fui par tous les moyens, à pied, entassés sur des remorques, sur des charrettes, à moto, en voiture, à travers les rues jonchées de gravats, bordées d’immeubles en ruines, quittant le nord du territoire pour essayer de trouver refuge vers le sud et la frontière avec l’Égypte.

Ici, un enfant garde serré dans sa main son oreiller. Là, une femme a rassemblé tout ce qu’elle a pu sauver dans un sac qu’elle porte à l’épaule.

Dans la ville de Gaza, des tracts en arabe, largués par des drones israéliens, appellent les habitants à quitter «immédiatement leur maison». Le Hamas a rejeté cet appel.

La bande de Gaza, un territoire de 362 kilomètres carrés, est soumise à un blocus israélien terrestre, aérien et maritime depuis que le Hamas y a pris le pouvoir en 2007. L’Égypte contrôle sa seule ouverture sur le monde, le point de passage de Rafah, qui est actuellement fermé.

Soumis à un «siège complet» depuis le 9 octobre, le petit territoire est désormais privé d’approvisionnements en eau, en électricité et en nourriture, coupés par Israël.

«La mort partout» 

À Gaza, le fracas des explosions, est incessant. L’armée israélienne a indiqué avoir visé dans la nuit 750 «cibles militaires» alors que des «frappes massives» ont touché le grand camp de réfugiés d’Al-Shati à Gaza, selon des journalistes de l’AFP.

«Jusqu’à quand va-t-on vivre sous les bombes avec la mort partout?», lance Oum Hossam, 29 ans, les joues couvertes de larmes, qui cherche un refuge avec ses quatre enfants après la destruction de sa maison.

D’autres habitants refusent de partir, faute de moyens ou pour ne pas céder: «L’ennemi veut nous terroriser et nous forcer à l’exil, mais on résistera», affirme Abou Azzam.

Le roi Abdallah II de Jordanie a mis en garde contre «toute tentative de déplacer les Palestiniens», soulignant que le conflit «ne devait pas se propager aux pays voisins».

Plus de 423 000 Palestiniens ont déjà quitté leur foyer dans la bande de Gaza pour fuir les bombardements, selon l’ONU, qui a lancé un appel d’urgence aux dons.

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a assimilé un tel «déplacement» à une «deuxième Nakba» («Catastrophe», en arabe), le nom donné à la fuite de quelque 760 000 Palestiniens à la création de l’État d’Israël.

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