Lundi 25 Septembre 2017

France : le nouveau visage du jihadisme

Ajouté le 9 Octobre 2012 à 15:45


 

 

 

Par François-Damien Bourgery

 

  Les onze membres présumés d’une cellule islamiste arrêtés samedi 6 octobre après l’attaque d’une supérette casher, le 19 septembre à Sarcelles, en région parisienne, ne sont pas des terroristes aguerris. Petits délinquants ou convertis, profondément antisémites et à l’idéologie nourrie sur Internet, ils préfèrent les actions coup-de-poing aux attentats de grande ampleur. Ce sont les représentants d’un « néo-jihadisme ».

 

  Ils s’apprêtaient à lancer leur «guerre contre la France». Ils étaient même prêts à mourir en martyrs. Les onze hommes interpellés ce week-end et soupçonnés d’appartenir à une cellule islamiste liée à l’attaque à la grenade d’une supérette juive à Sarcelles, le 19 septembre dernier, ne sont pourtant pas des membres d’al-Qaïda venus du Maghreb ou du Moyen-Orient pour organiser en France des attentats de grande envergure.

 

  La «cible principale», Jérémie Louis-Sidney, tué dans un échange de coups de feu par les policiers chargés de son arrestation, était un petit délinquant natif de Melun (Seine-et-Marne) et condamné en 2008 à deux ans de prison dans une affaire de trafic de drogue. A sa sortie, il s’était converti lentement à l’islam, arrêtant l’alcool et allant rencontrer des imams dans les pays du Maghreb, avant de prôner un discours de plus en plus radical. Yann Nsaku est aussi un jeune converti. Arrêté à Cannes au domicile familial, ce Franco-Congolais de 19 ans était promis à une carrière de footballeur professionnel jusqu'à ce qu’une blessure au genou ne brise ses espoirs.

 

  Jérémie, Yann et leurs dix acolytes incarnent le nouveau visage du jihadisme. Car au fil des années, le terrorisme islamiste a muté. Ses combattants, issus autrefois des milieux étudiants et intellectuels, sont aujourd’hui majoritairement des convertis, plus perméables aux discours radicaux, ou des délinquants en quête de repères. «Ces gens ont une conception sommaire du jihadisme et n’ont pas une vraie connaissance de l’islam», affirme Claude Moniquet, président de l’Esisc, le Centre européen pour le renseignement stratégique et la sécurité, interrogé par RFI.

 

De la délinquance au jihad

 

  Les exemples de délinquants devenus apprentis jihadistes sont nombreux. Parmi eux, on peut citer Khaled Kelkal, principal responsable de la vague d’attentats qui a frappé la France à l’été 1995. Originaire de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, il avait été condamné pour des casses à la voiture bélier et converti à l’islam en prison, avant d’être recruté par le Groupe islamique armé (GIA). Les membres du « Gang de Roubaix », auteurs de plusieurs braquages et d’une tentative d’attentat contre le G7 en 1996, présentaient un profil similaire. Plus récemment, l’exemple de Mohamed Merah, condamné à la prison pour vols avec violence en 2007 et auteur présumé de sept meurtres à Toulouse et Montauban en février et mars dernier, est révélateur de ce « néo-jihadisme ».

 

  Selon le quotidien Libération, les «islamo-délinquants» représentent environ la moitié des quelque 200 partisans supposés du «jihad radical armé» en France. « Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle tendance du salafisme, l’islamo-banditisme, formée par des délinquants, souvent convertis en prison, qui gardent leurs habitudes de violence ou d’exactions, mais en les justifiant par des motifs religieux islamiques de lutte contre l’Occident », explique sur le site du Figaro Samir Amghar, l’un des spécialistes français de l’islam.

 

  Le salafisme est le mouvement qui connaît le plus de conversions. « Au sein de l’islam, ce sont les salafistes qui sont en pointe ; on n’entend pas les modérés », regrette Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme et de son financement, joint par RFI. Si l’immense majorité des pratiquants prônent la non-violence, ils sont en revanche quelques centaines à adopter un salafisme révolutionnaire, nourri par des rencontres, en prison ou dans les quartiers, ou par une réflexion personnelle. «Ces gens qui sont en rupture sociale épousent une idéologie qui justifie et ennoblit leurs actes», remarque Claude Moniquet.

 

Génération Internet

 

  Une idéologie largement alimentée par Internet, qui se substitue peu à peu au contact avec les prêcheurs et les voyages initiatiques sur les terres du jihad, en Afghanistan ou au Sahel. «Internet et les réseaux sociaux occupent une place majeure dans le jihadisme. On retrouve sur Facebook toute la propagande d’intégristes qui jouent le rôle de recruteurs. On y voit des images de musulmans persécutés par l’Occident. Tout cela contribue à motiver les apprentis jihadistes, à les rendre plus déterminés», confirme Jean-Charles Brisard. Les attentats perpétrés dans le monde y sont érigés comme modèles à suivre.

 

  Outre les réseaux sur lesquels les jihadistes cultivent leur haine, Internet constitue également le parfait manuel du petit terroriste. On y apprend comment fabriquer des explosifs, par quelle filière passer pour s’équiper en armes. «[Mon fils] passait de plus en plus de temps sur son ordinateur. On ne se faisait même plus la bise», a confié le père de Yann Nsaku au quotidien Nice Matin. On peut voir ainsi sur son profil Facebook une photo tirée d’un site palestinien montrant des enfants ensanglantés allongés dans des linceuls, ou une autre représentant un soldat israélien pointant son arme sur un petit garçon en salopette. En commentaire, que Yann Nsaku a «liké» : «Comment ne pas être haineux envers ce peuple maudit?»

 

  Les dix autres interpellés de ce week-end manifestent le même antisémitisme. Comme Mohamed Merah, principal suspect de la tuerie de l’école hébraïque Ozar Hatorah à Toulouse, ils ciblaient principalement les juifs. «Les juifs sont la cible depuis toujours. Ils cristallisent l’opposition viscérale à l’Occident», insiste Jean-Charles Brisard. Lors des perquisitions effectuées à leur domicile, une liste d’associations israélites de la région parisienne a été retrouvée, pouvant laisser croire à de prochaines actions contre elles.

 

  Car à la différence des grosses organisations terroristes, les petits groupuscules formés par ces «néo-jihadistes» privilégient les cibles faciles aux attaques de grande ampleur, comme les attentats de Londres ou de Madrid. « L’attaque d’une supérette peut sembler absurde, mais pour eux, c’est une action importante, fortement symbolique », explique Claude Moniquet. Avant de tempérer : «Si des voleurs de sacs à main ne seront jamais en mesure de réaliser des coups d’éclat, ce n’est pas le cas de ceux qui évoluent dans le grand banditisme».








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