Mardi 22 Août 2017

Moi, Mohamed, esclave moderne": une vie de sans-papiers

Ajouté le 25 Janvier 2012 à 15:14


 

 


Elise Vincent



  Alors que la figure du sans-papiers est presque devenue une icône des luttes sociales, le témoignage de Mohamed Kemigue, un Ivoirien en situation irrégulière de 38 ans, permet d'en apprendre un peu plus sur l'ordinaire de ceux que la CGT soutient.

 



  Ce portrait est toutefois loin des slogans militants. M. Kemigue, grand costaud en jean et polo, le dit à travers la plume de la journaliste Djénane Kareh Tager dès les premières pages: "Faut-il expulser tous les sans-papiers? Faut-il les régulariser tous ? Là n'est pas l'objet du livre."

 



  L'intérêt du témoignage de Mohamed Kemigue réside plutôt dans la description du glissement vers la "transparence". Ce parcours, banal en fait, mais qui conduit des milliers de migrants diplômés à venir en France chaque année avec un visa de tourisme depuis leur Afrique ou Asie natale, puis à rester malgré l'échéance de leur titre de séjour. Ce choix, Mohamed Kemigue l'a fait un jour de juillet 1998 à l'âge de 25 ans. Il était sûr de sa "bonne gueule", bardé "d'espoirs et d'ambitions". Il n'a pas traversé la Méditerranée à bord d'une embarcation de fortune. Il ne fuyait pas un conflit. Mais il rêvait de France, et il est arrivé un matin, une valise à la main, à Paris.

 



  Mohamed découvre alors l'existence tête baissée des sans-papiers. Cette vie avec nom d'emprunt, focalisée sur la quête de la régularisation. Une existence où il faut tout endurer: l'eau glacée des douches des squats, les cafards des appartements loués par les marchands de sommeil, les boulots au noir et les patrons mauvais payeurs.



  Le paradoxe de cette vie de clandestin, c'est qu'elle se fait malgré tout avec les attributs de la légalité. Car la longue quête de la régularisation passe par l'accumulation de ce que l'administration appelle des "preuves de vie". Une adresse, des justificatifs de domicile et même des contrats de travail, si possible... Dans cette galère, il y a bien des amis, au début, qui accordent des nuits sur leur canapé. Il y a une cousine, qui prête de l'argent lors d'une tentative ratée pour rejoindre le Royaume-Uni. Mais, très vite, la solitude gagne. Et, dans ce désert, le dernier soutien devient le lien communautaire.



  Un aspect souvent méconnu du quotidien des primo-arrivants. M. Kemigue décrit les foyers de travailleurs migrants, véritables "bouillons de compétences" avec autant d'infirmiers que d'électrotechniciens. Il raconte ces "réseaux africains", indispensables pourvoyeurs de tuyaux pour tous ceux qui sont à la recherche d'employeurs peu regardants sur les pièces d'identité.

 


  En même temps, les années passent. Et, malgré cette vie, il y a les rencontres amoureuses. Une femme qui tombe enceinte. Un premier enfant qui naît. Puis un deuxième. Leur scolarité qui commence. Et une vie encore plus tiraillée entre existence légale et illégale. La force de ce témoignage est de dire ce que beaucoup d'étrangers en situation irrégulière ne confessent qu'en privé, de peur que ne soit relativisée leur détresse. Notamment sa "fausse" demande d'asile, faite un jour dans l'espoir d'être régularisé.

 



  La singularité de M. Kemigue est aussi de confesser une certaine distance vis-à-vis des associations. "J'ai compris rapidement qu'elles n'étaient pas la solution." Lui croit au "Dieu des sans-papiers". Celui qui l'a repêché d'un passage en centre de rétention. Celui qu'il prie, pour obtenir, peut-être grâce à ce livre, enfin ses papiers.









Les commentaires
  1. brazz [ ce n'est pas de l'esclavage ]
    1 | 3 Mai 2012 à 7:59 |

    En dehors de toute polémique, et sans minimiser en rien le problème des sans papiers en France, je signale une fois de plus l'abus de langage et l'exagération de la CGT.
    En effet, les simples citoyens ne font peut être pas la différence, mais une organisation syndicale ets parfaitement au courant: il y a une énorme différence entre la surexploitation au travail et l'esclavage, en premier lieu la liberté...
    Beaucoup de beaux esprits en France et divers gens de salon glosent à plaisir sur ces différences en adoptant des considérations philosophiques plus ou moins alambiquées. On voit bien que ce n'est pas eux qui vivent ces situations et qu'ils n'ont jamais vu d'esclaves  !
    Car ceci existe encore en France, et ce n'est pas seulement le cas des petites bonnes séquestrées et victimes de violences diverses, ni de pauvres filles abusées et sous contrôle qui sont forcées de se livrer à des pratiques honte uses; il y a effectivement des travailleurs enfermés eux aussi, papiers confisqués, mal nourris, battus etc Et cei est un crime, cela relève du Code Pénal et passible de plusieurs années de prison suivant les situations.
    Rien à voir donc avec les sans papiers, même si ceux ci sont honte usement arnaqués par des patrons peu scrupuleux.
    Ce genre de confusion est facheux, dans la mesure où cela brouille le message et porte tort aux campagnes de prévention qui peuvent être faites, et donc finalement aux victimes elles mêmes.
    Du reste, ce n'est pas la première fois que c'est signalé, mais visiblement l'amour du sensationnel et du titre choc qui fait vendre l'emporte sur tout le reste.

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