Mercredi 26 Juillet 2017

Les ténébres et les miroirs

Ajouté le 20 Janvier 2012 à 10:27


 

 

 


La gauche et Benkirane

 Jamal Berraoui


   Nous vivons un tournant historique plein de paradoxes. Cela me rappelle la dialectique, c’est très vieux jeu, cela ne casse pas les briques, mais aide à comprendre le monde et l’évolution sociale. L’un des paradoxes saisissants, c’est la relation, entre la gauche et le nouveau gouvernement.

 

   Le PPS s’est mis de lui-même hors de la gauche, pour utiliser une formule que les Staliniens connaissent bien. Mais la gauche, en reconstruction, n’a pas oublié ses gammes, elle sera le meilleur soutien du PJD pour la concrétisation de l’avancée démocratique, tout en sachant que cela ne peut que profiter, électoralement, aux islamistes. C’est le tribut à payer pour les convictions démocratiques de la gauche. Ceux qui s’attendent à une opposition populiste, faisant de la surenchère son arme, se trompent d’époque et de courant. La gauche marocaine, même épuisée, est d’abord au service de ses idéaux.Pour s’en convaincre, il suffisait de lire « Al Ittihad » du 2 janvier.

 

   Larabi Jaaïdi a publié une chronique sur les défis qui attendent Benkirane. Jaaïdi est « soupçonné » d’être l’une des têtes les mieux faites de l’USFP et du pays. L’homme a toujours abdiqué toute ambition personnelle. Il a refusé de se porter candidat au Bureau politique lors du sixième Congrès, malgré l’insistance de Yazghi. Membre du cabinet de Youssoufi à la Primature, il a jeté l’éponge au bout de quelques mois. Il est l’un des représentants les plus en vue, d’une intelligensia qui fait honneur à la gauche marocaine. La publication de sa chronique, par le journal du parti, nous renseigne sur la profondeur des débats qui secouent la gauche. Malheureusement, ce débat ne suscite aucun intérêt de la part des médias, y compris ceux qui, comme Reda Benchemsi, s’autoproclament porte-parole « du mouvement démocratique et progressiste », alors que celui-ci a ses organisations, construites par le peuple marocain dans sa lutte pour l’émancipation.Que dit Larabi Jaaïdi ? Il faut garder en mémoire que le journal de l’USFP est dirigé par deux membres du Bureau politique, parmi les plus influents pour apprécier l’importance du propos. Il n’y a pas un mot de jugement de valeurs à l’encontre du PJD.

 

   Au contraire, fort de l’expérience de l’USFP, Jaaïdi définit trois défis à Benkirane.Le premier concerne la relation de l’Exécutif avec les Conseillers du Roi, il y voit un enjeu majeur. Il plaide pour des relations transparentes entre institutions. « Loin de l’image d’un gouvernement qui décide et dirige l’administration à travers ses départements, il y a un autre centre de pouvoir qui agit ».Il réclame au nom de l’idée démocratique « une vigilance extrême vis-à-vis des centres d’influence concurrents au gouvernement ». Ce qu’il appelle de ses vœux, c’est la délimitation des zones d’harmonie et celles de sécation entre la monarchie et l’Exécutif. C’est tout un programme, mais il est indispensable pour la construction démocratique.Pour le deuxième défi, c’est râpé. Jaaïdi croit dur comme fer que l’architecture du gouvernement est une base de l’efficience. Il critique vertement les équilibres politiques qui aboutissent à des équipes pléthoriques, aux responsabilités floues, aux « zones grises » importantes, ce qui empêche le développement de stratégies horizontales et la cohérence de l’Exécutif. C’est râpé parce que le nouvel Exécutif reproduit les schémas du passé, qu’il n’est pas constitué en pôles comme annoncé, qu’il répond plus aux tensions internes des partis de la coalition qu’aux exigences de l’efficience.Le troisième défi est celui de la relation avec le Parlement. Il considère comme vital le rôle de la représentation nationale dans l’évaluation des politiques publiques.Larabi Jaaïdi exprime clairement ce que les militants de base pensent.

 

   En fait, l’USFP met son expérience au profit du PJD, et c’est gratuit alors que le parti de Benbarka a payé cher pour savoir.La nouvelle gauche, en reconstruction, ne compte pas sur un échec du gouvernement. Bien au contraire, elle plaide pour une clarification, sur le corpus des valeurs, sur la thématique sociale, sur le rôle du Maroc dans son environnement. Elle est à la recherche d’un projet sociétal, moderniste, laïc, solidaire. Ce sont des idées très présentes au sein de la société qu’il lui faudra décliner en propositions de politiques publiques.Malgré ses erreurs, souvent grossières, la gauche marocaine n’a pas changé de nature. C’est un courant de pensée qui a lourdement payé la facture de la démocratisation, sa reconquête ne passe pas par la dénaturation de la construction démocratique. Bien au contraire, elle sera l’acteur principal de la sauvegarde des acquis du peuple marocain. Son credo, c’est de servir, sans prétention, les masses populaires. Les salonnards ont tort de railler cet engagement, qui assure contre toutes les dérives. Non, les hommes et les femmes de gauche ne sont pas tous des ambitieux sans vergogne. Ce qui fonde leur identité, c’est le projet d’un Maroc démocratique, solidaire, moderniste. Ils ont le mérite d’y travailler même quand ils se trompent, de saluer le verdict des urnes, même quand il est défavorable, juste parce qu’il est respecté. Ils et elles ne méritent pas les sarcasmes de ceux qui n’ont jamais eu d’engagement collectif. Ni populiste, ni démagogue, l’opposition de gauche sera citoyenne parce qu’elle respecte la maturité du peuple.









Les commentaires
  1. SC ORPIO [ GAUCHE CHOCOLLAT ]
    1 | 21 Janvier 2012 à 23:52 |

    La gauche dont vous parlez Mr BERRAOUI est toute autre que celle que nous connaissons. Celle qui a gouverné et qui a été plus libérale que les plus assidus élèves d’ADAM SMITH  (à ce titre je vous renvoi aux privatisations de MR OULALAOU entre autres….. ), que je dénomme Gauche chocolat, et celle qui ref use toute participation dans la vie politique, et qui se plait à se maintenir dans sa coquille, que j’appelle gauche incapable.

    Les erreurs grossières dont vous avez fait allusions sont en réalité des catastrophes fatales pour notre pays : La suppression de la Zone Franche de Tanger par Feu BOUABID a privé l’émergence d’une Hong Kong marocaine. La marocanisation dont ils étaient avec l’Istiqlal les idéologues était comme vous l’avez décrit vous mêmes de crime. La politique fiscale était un fiasco social du temps de Mr LOULAALOU, il fallait attendre l’avènement d’un ministre libéral, Mr MEZOUAR, pour voir le taux de l’IGR baisser considérablement.

    Les casseroles fracassantes de MR LAHBIB EL MALKI héritées de la gestion désastre uses de la CNJIA, idée phare de l’époque Hassan II tourné au vinaigre par la gestion d’amateurisme de cet organisme.

    Au fait MR EL MALKI s’est permis de critiquer le programme de MR BENKIRANE, en le désignant de très scolaire  (une insulte déguisée ) et qu’il est irréaliste. Peut être que celui présenté par l’équipe de MR EL YOUSSFI ne l’était pas, vu les résultats obtenus.

    La gravité de la position de la gauche à travers les critiques formulées par cet économiste de premier ordre, qui ne nous a apporté aucune valeur ajouté ni à titre personnel en tant que ministre, ni à travers son Centre de la Conjoncture qui excelle dans la  publication des données connues de tout le monde, c’est qu’ils visent à semer un vent de découragement à tort.

    MR EL MALKI, doit avoir le courage et l’intégrité de dire que la déclaration de politique générale, comme il l’a toujours enseigné, consiste à déterminer les principes des grands axes d’action sans entrer dans les détails, qui sont généralement analysés lors des discussions des futurs projets de loi des finances.

    A titre d’exemples, j’invite ME EL MALKI à comparer les déclarations de MR ADELILAH BENKIRANE avec celle de MR RAYM  BARRE du 05/10/1976  (cas d’école ) et également de cesser de so usestimer l’intelligence des marocains.

    Pour conclure MR BERRAOUI, à part ça, je partage avec vous votre opinion. Dommage que la gauche marocaine n’est pas entre de bonnes mains.

  2. Andalouci [ La nomenklatura m'a tuer ]
    2 | 23 Janvier 2012 à 11:39 |

    La nomenklatura des dinosaures et des rapaces de l'USFP a tué toute la gauche marocaine.
    Et ce n'est pas de sitôt qu'elle se relèvera de ses cendres , pour la simple raison qu'elle n'a plus de proximité avec le petit peuple,et qu'elle est complètement dé ée des réalités socioculturelles des citoyens marocains.
    Elle nous avait fait rêver, mais elle nous a finalement berné.
    Elle s'est vidé de son sang en anesthésiant tous ses militants de base sincères , et en éjectant certains de ses meilleurs et brillants intellectuels.
    Je m'en tiendrais là, je ne citerai pas de nom, et je ne répéterai pas les conséquences désastre uses et liberticides de sa gestion de la chose publique.
    Bon vent la gauchevillas au souIssi.

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