Mardi 26 Septembre 2017

Égypte : la longue marche vers l'élection présidentielle

Ajouté le 28 Avril 2012 à 10:50


 

 

   

Denise Ammoun

 

  Le jeudi 26 avril, la Haute Commission électorale a publié la liste des candidats admis à briguer la présidence de la République. Cette liste a comporté une seule surprise, le retour en grâce du général Ahmed Chafik, éphémère Premier ministre à la fin du régime Moubarak, et ancien ministre de l'Aviation civile.

 

  La candidature de Chafik avait été annulée au soir du 24 avril par la Commission électorale en vertu d'une loi, votée le 12 par le Parlement, qui privait de leurs droits politiques les responsables du régime Moubarak pendant dix ans. Le Conseil suprême des forces armées a approuvé la loi, d'où l'exclusion d'Ahmed Chafik. Mais les avocats du général ont plaidé l'anticonstitutionnalité de cette loi, parce qu'à effet rétroactif, et la commission électorale est revenue sur sa décision, provoquant la colère des Frères musulmans.

 

  Pour les parlementaires du PLJ (Parti de la liberté et de la justice, bras politique de la confrérie), la Haute Commission électorale obéit aux instructions du pouvoir militaire. La manifestation du 27 avril, place Tahrir, portait pour le troisième vendredi le même titre : "Sauver la révolution".

 

  Nombre de journaux égyptiens ont vu dans la réintégration d'Ahmed Chafik un nouveau revers imposé par l'armée au Parlement à majorité islamiste. Simple épisode du duel qui oppose les deux forces principales du pays depuis la fin des législatives qui ont donné une victoire absolue aux islamistes. Une victoire à laquelle ne s'attendaient ni le pouvoir militaire ni les Frères musulmans.

 

Un joueur de football pour rédiger la Constitution

 

  Majoritaires au Parlement (47 % des sièges au PLJ et 24 aux salafistes) et au Conseil consultatif (sorte de Sénat), les islamistes ont haussé le ton face aux militaires. Ils ont réclamé le renvoi du gouvernement dirigé par Kamal al-Ganzouri afin de former un gouvernement de coalition nationale dont ils seraient les dirigeants. Les militaires ont refusé. C'est le point de départ du conflit.

 

  Le 10 mars, dès le premier jour de la présentation des candidatures pour la présidence, Mansour Hassan, chef du Comité consultatif formé par le pouvoir militaire en décembre 2011, a présenté son nom. Il va de soi qu'il aurait l'aval de l'armée. De plus, il avait eu des contacts discrets avec les Frères musulmans. On le voyait déjà sous les traits du candidat consensuel. Mais la confrérie a retiré son soutien, et Hassan sa candidature.

 

  Nouvel épisode. Selon la Constitution provisoire, les deux chambres doivent nommer les cent personnalités chargées de rédiger la nouvelle Constitution. Elles s'attribuent 50 % des sièges, décision contestable. Il fallait soumettre au vote les noms des 50 % de rédacteurs non parlementaires. Les islamistes s'attribuent 15 sièges, et choisissent des personnes souvent non qualifiées, dont un joueur de football. Les députés laïques et libéraux refusent de voter, et condamnent cette assemblée constituante à majorité islamiste, qui cherchera à imposer la loi coranique. Ils demandent au tribunal administratif de l'invalider.

 

  L'Assemblée siège le 24 mars. Mais peu à peu, des membres élus l'abandonnent. Le 30 mars, Al-Azhar retire son délégué, puis l'Église copte orthodoxe suit cet exemple, ce qui la discrédite plus encore.

 

Jeu politique

 

  Le 30 mars, Hazem Abou Ismaïl, leader salafiste, se rend au siège de la Haute Commission électorale pour poser sa candidature à la présidence de la République. Des dizaines de milliers de militants l'accompagnent. C'est une véritable ovation populaire. Les affiches "Abou Ismaïl pour président" peuplent les rues du Caire. C'est peut-être la raison qui a conduit les Frères musulmans, malgré leur promesse de ne pas briguer la présidence de la République en 2012, à désigner le 1er avril leur propre candidat : Khairat Al-Chater, adjoint du guide suprême, mais aussi éminence grise et grand argentier de la confrérie.

 

  On assiste alors à un jeu politique de grande envergure. Omar Souleimane, ancien chef des renseignements et vice-président de la République pendant dix jours, pose sa candidature le 6 avril, 48 heures avant la date butoir. Il attaque aussitôt les Frères musulmans, et promet que l'islamisme ne survivra pas en Égypte. Il promet aussi la fin du chaos et la stabilité économique. Il occupe aussitôt la première place dans les rangs des favoris.

 

  Le mois d'avril sera fertile en actes inattendus. Le 10 avril, le tribunal administratif suspend la commission constituante. C'est un coup très dur pour les islamistes qui s'apprêtaient à dicter leurs volontés. Le 12 avril, le Parlement vote la loi qui écarte de la vie politique, et pour dix ans, les responsables de l'ère Moubarak. Une loi taillée sur mesure pour écarter Omar Souleimane et Ahmed Chafik.

 

  Le 14 avril, la Haute Commission électorale élimine dix candidats à la présidence de la République, dont un célèbre trio : Abou Ismaïl, parce que sa mère avait une double nationalité ( égyptienne et américaine), ce qui est contraire à la loi ; Khairat al-Chater, parce qu'il a été condamné à sept ans de prison sous le régime Moubarak et que la grâce accordée par le maréchal Tantaoui ne lui permet pas d'exercer ses droits politiques avant six ans ; Omar Souleimane, parce qu'il lui manque mille signatures de partisans dans l'un des gouvernorats.

 

Surprises

 

  Nombre d'analystes verront dans la candidature de Souleimane, puis son exclusion, un jeu politique, un moyen de montrer que la Commission respecte la loi, quitte à éliminer un personnage important. La confrérie avait préparé un candidat de rechange : Mohamed Morsi, le président du PLJ. Mais Abou Ismaïl et ses partisans déclarent qu'ils ne renonceront pas à la présidence. Ils font depuis lors du sit-in à la place Tahrir, et défilent par milliers chaque vendredi avec des portraits de leur patron.

 

  Ce chaos politique montre bien que l'armée, qui gère l'Égypte depuis 60 ans, n'a pas l'intention d'abandonner ses prérogatives. Il lui faut un statut privilégié dans la future Constitution. Mais les Frères musulmans, qui ont commis l'erreur de vouloir s'approprier tous les leviers du pouvoir, souhaitent placer l'élaboration de la Constitution après l'élection présidentielle.

 

  Dans ce contexte difficile, quatre candidats font figure de favoris. Ahmed Chafik, qui s'efforcera de satisfaire toutes les revendications de l'armée. Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, qui jouit de l'appui des libéraux, à commencer par le parti Al-Wafd, et qui est populaire dans les milieux de la haute et moyenne bourgeoisie. Moussa a eu l'initiative habile de promettre une place privilégiée à l'armée.

 

  Côté islamiste, les deux autres candidats sont, en premier lieu, Abdel Moneim Aboul Foutouh, soutenu par la jeunesse de la confrérie, et nombre de Frères musulmans qui ont rejeté la participation de l'institution à l'élection présidentielle. Aboul Foutouh se déclare modéré. Il affirme qu'il ne brandira pas l'étendard de la loi coranique, et entretient de bonnes relations avec les chrétiens d'Égypte. Il s'est engagé à respecter la liberté de religion, d'expression... Mohamed Morsi, candidat de rechange des Frères musulmans, est peu connu de la base et ne possède aucun charisme. Il aura cependant le soutien d'une bonne partie des militants. Ses chances seraient encore plus grandes si les islamistes s'entendaient sur le choix d'un seul candidat. Mais toute élection présidentielle réserve des surprises.








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