Samedi 24 Juin 2017

Quelles limites aux manipulations génétiques ?

Ajouté le 28 Fevrier 2017 à 12:46


Embryon humain de quatre jours (16 cellules). Les manipulations génétiques sur les embryons humains, rendues possibles par la technologie, restent hautement controversées.

 

Lareleve.ma

 

Peut-on modifier le génome d’un embryon humain avec les ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9 ? Dans un récent rapport, les scientifiques américains répondent par l’affirmative.

 

C'est un double coup de tonnerre qui vient de retentir au-dessus de la tête des généticiens et biologistes du monde entier. Le 15 février, l'Office fédéral chargé des marques et des brevets aux Etats-Unis a tranché la bataille juridique qui opposait depuis quatre ans l'université de Berkeley au Broad Institute à propos de la propriété du brevet initial sur les « ciseaux moléculaires » CRISPR-Cas9. Le Broad Institute, un institut de génomique dépendant du MIT et de Harvard, a gagné ce bras de fer et se place donc en première position pour exploiter commercialement cette nouvelle technique, qui a révolutionné le travail des laboratoires de génétique du monde entier en leur offrant la possibilité de faire de l'« édition de génome » relativement facilement, et pour pas cher.

 

Mais le principal chamboulement n'est peut-être pas là. La veille de cette décision, le 14 février, un rapport conjoint de l'Académie des sciences et de l'Académie de médecine américaines a levé un tabou en avalisant l'utilisation de cet outil pour modifier le matériel génétique de l'embryon humain, quitte à ce que ces modifications se transmettent à sa descendance future.

 

Le rapport des scientifiques américains précise les limites à l'intérieur desquelles devraient être faites ces modifications : uniquement lorsqu'il s'agit de débarrasser l'embryon d'une maladie génétique grave et qu'il n'existe pas d'alternative raisonnable pour ce faire. Il n'empêche. Cette recommandation entrouvre la porte à la possibilité, pour les biologistes, de modifier le patrimoine héréditaire de l'espèce humaine.

 

Convention d'Oviedo

 

Les deux études clefs sur CRISPR-Cas9 ont été publiées dans la même revue, « Science », en juin 2012 par le tandem Emmanuelle Charpentier-Jennifer Doudna, représentant l'université de Berkeley, et en janvier 2013 par Feng Zhang, du Broad Institute. Presque cinq ans après, la réflexion éthique sur l'application de cette technique à l'espèce humaine se fait de plus en plus brûlante. Le récent avis des chercheurs américains a-t-il fait sauter le principal garde-fou qui nous empêchait de jouer par trop imprudemment avec près de trois millions d'années d'évolution darwinienne du genre « Homo » ? Les prochaines décennies ne risquent-elles pas de prendre des allures de dystopie eugéniste, façon « Bienvenue à Gattaca » ?

 

En France, un récent sondage a montré que 75 % de nos compatriotes accueillaient favorablement la percée que constitue la mise au point de CRISPR-Cas9, mais qu'ils rejetaient dans la même proportion son utilisation sur des embryons humains. Ce rapport inverse illustre bien ce qui fait toute la difficulté d'une réflexion sur les enjeux de l'édition de génome : ne pas se priver d'une technique bénéfique tout en en empêchant les dérives.

 

Car CRISPR-Cas9 est d'abord porteur de formidables espoirs en biologie et, à terme, en médecine. D'ores et déjà, de premiers essais thérapeutiques faisant appel à cette technique livrent des résultats encourageants. Dans un champ de recherche comme l'immunothérapie ciblée contre le cancer, par exemple, les ciseaux CRISPR sont un allié de poids. « L'utilisation de CRISPR-Cas9 dans les essais de thérapie somatique [relatif au soma, c'est-à-dire aux cellules non reproductrices, NDLR] ne pose a priori pas de problème majeur », indique le médecin et professeur émérite au Collège de France Pierre Corvol, à qui est revenue la lourde responsabilité de s'exprimer sur le thème des modifications du génome humain dans le cadre d'un colloque qui s'est tenu la semaine dernière à l'Académie des sciences sur « les problèmes éthiques associés à la modification des organismes par la technologie CRISPR-Cas9 ». Les problèmes surgissent quand on considère la possibilité de faire ces manipulations sur un embryon. La raison en est que, aux premiers stades de son développement (embryogenèse), il est impossible de faire la part entre ce qui va devenir les cellules somatiques et ce qui va devenir les cellules germinales. Or toucher au matériel génétique des cellules germinales d'un individu, c'est introduire une modification non seulement dans son génome mais dans celui de toute sa descendance.

 

La première fois que CRISPR-Cas9 a été utilisé pour modifier le matériel génétique d'un embryon s'est produite en 2015 en Chine - et cela a soulevé un tollé mondial qui a valu aux biologistes chinois de se faire traiter de dangereux savants fous. En réalité, les embryons utilisés pour cette expérience, qui visait à corriger une maladie génétique du sang faisant des ravages en Asie (la bêta-thalassémie), obtenus auprès de centres de fertilité réalisant des fécondations in vitro (FIV), étaient dotés de chromosomes surnuméraires et donc non viables. L'essai a d'ailleurs échoué, ce qui prouve que les difficultés techniques posées par CRISPR-Cas9 sont encore loin d'être toutes aplanies.

 

« Le problème est que, d'une part, la technologie évolue très vite, et que, d'autre part, il existe des législations très différentes sur ce sujet d'un pays à l'autre », pointe Pierre Corvol. Un fossé existe entre les pays européens - à l'exception notable du Royaume-Uni - et le reste du monde. Vingt-huit pays du Vieux Continent ont signé la convention d'Oviedo de 1997, seul instrument juridique international qui soit contraignant pour la protection des droits de l'homme au regard de la technologie biomédicale. Cette convention affirme notamment que les interventions sur le génome humain ne peuvent être entreprises qu'à des fins préventives, diagnostiques et thérapeutiques, et seulement si elles n'entraînent pas de modification dans le génome de la descendance. Deux grands pays européens n'ont pas signé ce texte : l'Allemagne, qui le jugeait trop laxiste, et le Royaume-Uni, qui le trouvait au contraire trop strict. Ce dernier pays n'a d'ailleurs pas tardé à emboîter le pas aux Chinois. En février 2016, le Francis Crick Institute a autorisé une recherche qui visait à modifier des gènes s'exprimant dans les tout premiers jours suivant la fertilisation et jouant un rôle dans le processus d'embryogenèse. Les chercheurs anglais cherchaient à mieux expliquer pourquoi certaines FIV réussissent et d'autres ratent. Un but louable, mais d'autres plus critiquables ne vont-ils pas suivre ?

 

Par Yann Verdo ( in lesechos.fr)

 








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