Samedi 24 Juin 2017

Bernard-Henri Lévy : Vive le roi !

Ajouté le 2 Septembre 2016 à 10:22


Lareleve.ma

 

"Tandis que nous nous empêtrons dans le piège du burkini, l'offensive mondiale contre le djihadisme vient de connaître une accélération décisive.

 

Nous sommes le 21 août.

 

Le roi du Maroc prononce, à Tanger, son discours annuel de commémoration de la Révolution du roi et du peuple.

 

Et voilà qu'après des considérations générales sur les méfaits du «sous­ développement», sur le «destin» de «l'Afrique» ou, plus inattendu, sur la contribution de «la résistance marocaine» à «la révolution algérienne», il se livre à une  attaque en  règle contre l'islamisme radical et  la  série noire des  meurtres commis récemment en son nom ­ à commencer par celui, le 26 juillet, d'un père catholique «dans l'enceinte de son église»...

 

C'est la moindre des choses ?

Oui et non.

 

Déclaration de guerre sur terre et dans les cieux

Car je ne vois pas, d'abord, un autre chef d'État qui ait, dans cette partie du monde, prononcé des mots aussi forts.

 

Mais, surtout, ce chef d'État­ci n'est pas un chef d'État comme un autre et son statut très spécial dans le monde arabe sunnite, ses titres de «monarque chérifien» et de «commandeur des croyants», sa qualité, enfin, de «descendant du Prophète», donnent à la moindre de ses déclarations une portée qu'elle n'aurait dans la bouche d'aucun autre.

 

Il ne se contente pas, ce jour­-là, de déclarer la guerre aux djihadistes. Il la leur annonce, cette guerre, sur terre et dans les cieux.

 

Il les met hors la loi, non seulement des hommes, mais de Dieu.

 

Il va les chercher sur le terrain de leur croyance et du sens qu'ils voudraient donner à tel ou tel verset du Coran ; et, s'appuyant sur d'autres versets, ou sur d'autres commentaires des mêmes versets, ou sur la souveraine autorité, simplement, de sa propre interprétation et lecture, il dit leur imposture.

 

On peut toujours, naturellement, refuser d'entrer dans cette querelle.

 

On peut, comme la quasi­-totalité des chefs d'État musulmans et non musulmans, répéter jusqu'à satiété qu'il n'y a «aucun lien» entre l'islamisme et l'Islam.

 

Mohammed VI fait l'inverse.

 

Il reconnaît le lien et le tranche.

 

Il prend acte du levier que donne à ces bandits le droit qu'ils s'octroient de parler au nom de Dieu et, pour casser le levier, décrie et désavoue ce droit.

 

Bref, il entre dans les voies du dispositif théologico­politique qui confère au nouveau terrorisme son ascendant et son efficacité – et, renversant ce théologico­politique, le jouant contre lui­-même et le prenant à son propre piège, il assèche la source de la légitimité  dont  se  prévalaient  les  fous  de  Dieu  ;  il  les  isole  au  sein  d'une communauté de croyants dont ils ne sont plus que des excroissances lamentables ; et il rompt, ce faisant, l'emprise terrifiante et sacrée qu'ils exerçaient sur les âmes faibles.

 

Ainsi quand, au début de son règne, il lançait sa grande réforme en vue de l'égalité des sexes: affrontement des casuistiques et des exégèses ; consultation d'organisations de femmes mais aussi de savants en religion ; et, deux ans plus tard, adoption d'un Code de la famille conforme aux préceptes de la foi non moins qu'aux réquisitions des droits de l'homme.

 

C'est également de cette façon qu'a commencé, dans l'Occident chrétien, l'émancipation des Lumières : théologie contre théologie ; le Dieu du droit naturel contre celui des tourmenteurs des corps ; et, à l'arrivée, chez un Locke comme chez un Bodin, reconnaissance, en chaque sujet, d'une part de transcendance conçue comme la plus sûre garantie de son inviolabilité et de ses droits.

 

Depuis le temps que l'on répète qu'il n'y a, en Islam, ni contrainte ni point de vue privilégié...

 

Eh bien, parfois, si.

 

«Vous prendrez votre place en enfer»

Vous avez le choix, dit Mohammed VI à ses sujets en même temps qu'à tous les sunnites qui reconnaissent son «discernement».

 

Un émir autoproclamé à Mossoul ­ ou le descendant d'Ali.

 

Un vague califat, sans mémoire ni sagesse, maintenu par le fer et le feu – ou une dynastie chérifienne qui a traversé les âges et, notamment, le règne ottoman sans jamais renoncer à soi.

 

Mais attention !

 

Au nom de la Commanderie des croyants dont il est le lieutenant, il ajoute alors ceci : si vous choisissez tout de même le premier, si vous vous ralliez au drapeau noir des prétendus califes qui «font du Coran et de la sunna une lecture conforme à leurs intérêts» et qui «excommunient indûment les gens», c'est vous qui vous «excommuniez» ; vous qui sombrez dans la «mécréance» ; et vous qui, loin, comme vous le promettent les charlatans, d'accéder au paradis et à ses vierges, prendrez «votre place en enfer».

 

Tel est le sens de ce discours de Tanger.

 

Tel est le grand et beau geste accompli par le petit­-fils du sultan qui, en 1942, fit honte à l'État français en se solidarisant avec les juifs du protectorat.

 

Puissent ses alliés d'aujourd'hui prendre la mesure de l'événement.

 

Puissent­-ils peser à sa juste valeur le risque personnel qu'il a pris en s'opposant ainsi, frontalement, à la secte des amis du crime.

 

Et Dieu fasse qu'ils ne lui ménagent ni le soutien moral ni le renfort économique et politique dont il aura, dans la bataille qui s'annonce, grand besoin.

 

Le Maroc est en première ligne – il faut tenir la ligne avec lui.








Votre commentaire
* Votre nom
* Titre du commentaire
  * Pays
* Le commentaire
  * Code de vérification



Jean-Jacques Rousseau, un Genevois encore dans le vent?

La France au chevet des anciens combattants

Programme de la 18ème édition du SIEL

Angelina Jolie menacée de mort

Un Nobel à l'Académie française

Juppé arrive jeudi au Maroc

Nicolas Sarkozy quittera la politique s'il n'est pas réélu

Un Français porté disparu au Maroc depuis le 6 mars

L'heure désormais aux questions sur Merah, son entourage et sa mort

La France rejette La proclamation d'indépendance de l'Azawad

Des rebelles libyens et syriens sur le tapis rouge aux côtés de BHL

Cannes: Bernard-Henri Lévy et l'"ingérence réussie" en Libye

Jürgen Elsässer: « La CIA a recruté et formé les djihadistes »

Delfeil de Ton, ancien de «Charlie», accuse Charb d'avoir «entrainé l’équipe dans la surenchère»

André Glucksmann, le philosophe indigné, n’est plus

Les indépendantistes kabyles défient le pouvoir algérien

Bernard-Henri Lévy : Vive le roi !





 




France 24 LIVE



Publicité



Publicité


Rechercher sur LA RELEVE


Nos services gratuits

 

»  Livre d'or

 
 

»  site amis

 

S'abonner à la newsletter



S'abonner à la RSS

 

»   RSS des articles

 
 

»  RSS des vidéos

 

Droits de production et de diffusion réservés © Copyright 2017 lareleve.ma