Samedi 21 Octobre 2017

Des éléphants sans défense

Ajouté le 6 Mars 2012 à 13:49


 

 

 

 

Alain Saint-Robespierre

  Dans certaines réserves de chasse du Burkina Faso, les éléphants se font massacrer à tour de bras. Les exploitants en attribuent la cause à la recrudescence du commerce international de l'ivoire. Et les agents des eaux et forêts ont des moyens trop limités pour lutter contre les braconniers.

   

 

  Dans la brousse gisent de nombreuses carcasses d’éléphant en état de putréfaction. Les parties faciales arrachées laissent entrevoir des ossements de crâne. Excepté l’absence des défenses, les dépouilles sont quasi intactes. Des lambeaux de chair par-ci par-là témoignent du régal des carnivores et autres charognards. L'odeur est pestilentielle.

 

 

  Malgré les mesures de protection dont ce pachyderme est l’objet au plan mondial, le massacre clandestin s’intensifie aussi bien au Burkina Faso que dans le reste de l’Afrique. Au rythme où évolue le carnage, si rien n’est fait, les zones de chasse de Singou et d'Ougarou ne seront plus que des cimetières d’éléphants. Pas une semaine sans qu’on ne découvre une dépouille de proboscidien le crâne évidé, les défenses arrachées. La douane aéroportuaire de Ouagadougou a tout récemment saisi d’importantes quantités d’ivoire destinées à l’exportation. "Les cours du marché de l’ivoire ont remonté, explique le directeur régional de l’Environnement et du Développement durable de l’Est, Paul Guiguemdé. Nous avons affaire à une filière transfrontalière qui opère avec la complicité de populations riveraines."

 

 

  D'importantes quantités d’ivoire seraient acheminées vers des pays asiatiques, poursuit le directeur régional. En Afrique, le phénomène n’épargne aucun pays. Ainsi au Cameroun, dans le parc national de Bouba Ndjida [dans le nord du pays, près du Tchad], les défenses d’éléphant sont littéralement "moissonnées" par des hommes lourdement armés. Plus de deux cents pachydermes ont été abattus depuis la mi-janvier, soit le tiers de la population du parc. En pays gourmantché [dans le sud-est du Burkina] où s’étendent deux grands espaces protégés, pas besoin de taper le sable pour se faire un dessin : les massacres sont perpétrés par un réseau bien organisé. Rien à voir avec le braconnage traditionnel qui, lui, répond généralement à des besoins alimentaires. Le mode opératoire, l’ampleur du carnage et les types de munitions utilisées (des calibres 375 ou 400) sont autant d’indices qui font privilégier la piste d’"étrangers" dotés de gros moyens.

 

 

  A Singou, malgré cinq sorties par mois à raison de trois à cinq jours de brousse, l’agent forestier Neya Ibié et ses équipes de pisteurs ne sont toujours pas parvenus à envoyer "une décharge de chevrotine" sur ces nikièlè (malfaiteurs, en langue gourmantché). "Le renseignement est primordial. Or, ici, nous constatons que les  populations locales rechignent à collaborer avec les forestiers", déplore Neya Ibié au cours d’une rencontre qui réunit notables du coin, membres du Comité villageois de gestion de la faune (CVGF), guides de chasse, pisteurs et le concessionnaire Frank Alain Kaboré.

 

 

  "Les équipes de surveillance ne nous tiennent pas informés", rétorque le vieux Salif Namoano, membre du CVGF. Du côté des pisteurs, on se plaint de l’insuffisance des primes de sortie [en brousse]. D’autres n’hésitent pas à pointer du doigt le laxisme supposé de l’administration : "Vous conduisez aujourd’hui un braconnier à la police et demain, vous le rencontrez au village avec son arme." Même désolation du côté du responsable du campement de Singou, Harouna Philippe Soré : "Les hommes politiques de la région ne nous facilitent pas la tâche. Lorsqu’un individu est arrêté pour braconnage, ils font des pieds et des mains pour le faire libérer parce que c’est un cousin ou un neveu."

 

 

  Pour Mandjari Kandja, la tête amochée par un coup de machette lors d’une rixe avec un chasseur clandestin de petit gibier, il faut revoir certaines règles de la lutte contre le braconnage : "On nous dit que nous n’avons pas le droit de tirer sur un braconnier pris en flagrant délit ; or celui-ci est toujours prompt à ouvrir le feu sur le pisteur. C’est décourageant."

 

 

  Que peut bien faire toutefois une équipe de surveillance composée de  seulement trois agents des Eaux et Forêts et d’une vingtaine de pisteurs sur une aire cynégétique de plus de 180 000 hectares ? Dans ces conditions, traquer des braconniers revient à chercher une aiguille dans une botte de foin.

 

 

  A tout cela vient s’ajouter l’état de dénuement matériel : les agents n'ont pas de moyens de déplacement. Mais il en faut plus pour venir à bout de la détermination de Frank Alain Kaboré. Il a promis d'en découdre avec ces "génocidaires de pachydermes". Faute de quoi, "cela voudrait dire que je n’ai pas ma raison d’être dans ce milieu".

 

 








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